«Pour notre branche économique cet accord et très positif, mais je sais que tous ne sont pas de mon avis. Certains sont profondément déçus et trouvent le tempo trop lent pour le développement espéré de leurs affaires.»

Notre interlocuteur n’en dira pas plus, car le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a décidé de ne pas dévoiler le contenu de l’accord de libre-échange avec la Chine, conclu au niveau technique samedi dernier, après trois jours d’intenses négociations finales.

Johann Schneider-Ammann, chef du DEFR, affichait un large sourire mercredi devant la presse, brûlant d’expliquer en quoi le résultat des négociations commencées en janvier 2011 est fructueux. Le Conseil fédéral a formellement avalisé cette étape technique mercredi, qui sera suivie d’un affinage juridique et politique. «La signature formelle interviendra ces prochains mois», assure le conseiller fédéral, qui laisse entendre qu’une première esquisse de l’accord sera officiellement dévoilée le 24 mai, lors de la visite en Suisse du premier ministre chinois, Li Keqiang. Selon des observateurs proches des diplomates, la Chine a montré une approche à la fois pragmatique et prudente durant les négociations. Elle considère la Suisse comme un marché test d’ouverture sur le continent européen, après avoir conclu plusieurs accords en Amérique latine.

La Chine est le troisième partenaire commercial de la Suisse, derrière l’Union européenne et les Etats-Unis. Durant les trois premiers mois de cette année les importations de produits chinois, à hauteur de 2,7 milliards de francs, ont été supérieures à celles provenant d’Amérique du Nord (2,5 milliards). 21% des exportations suisses sont des montres, 21% des machines, et 13,5% des produits pharmaceutiques.

L’amélioration de l’accès au marché chinois, par un abaissement des droits de douane et la disparition des obstacles technique aux échanges, se fera très progressivement, et de manière fortement différenciée selon les branches économiques. Selon les informations recueillies par Le  Temps, l’abaissement des barrières douanières se déroulera généralement en plusieurs étapes, au cours d’un processus qui durera, dans certains cas, jusqu’à dix ans.

La barrière d’entrée sur le marché chinois est aujourd’hui élevée. Les droits de douane moyens sont de 8,9% pour les produits industriels, et de 15,2% pour les produits agricoles. Mais cette moyenne cache de gros écarts. Ainsi, l’horlogerie doit s’acquitter d’une taxe d’entrée variant entre 12 et 16%. Cela peut ascender à 36%, en tenant compte de la taxe de 20% sur les produits de luxe qui touche les montres dès 1000 francs suisses.

Johann Schneider-Ammann assure que l’agriculture suisse n’a rien à craindre, puisque les contingents d’importations prévus dans le cadre de l’OMC sont garantis, et que les prescriptions de sécurité et d’hygiène ne seront pas modifiées. L’horlogerie bénéficie d’un accord particulier, qui permettra d’établir une plateforme d’échanges entre la branche horlogère chinoise et son homologue helvétique. «Les thèmes ne sont pas encore définis, mais nous aimerions pouvoir parler de la contrefaçon et des normes de qualité», souligne Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère.

Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers, juge l’accord «très favorable pour l’industrie suisse d’exportation». Il pense également que dans quelques années, des PME chinoises s’implanteront en Suisse. C’est aussi l’avis de Daniel Küng, directeur de Switzerland Global Enterprise (anciennement Osec). Il estime que l’accord «va inciter les Chinois à investir ou trouver des partenaires en Suisse». Il s’attend à un mouvement par cercles concentriques qui commence par les voisins asiatiques, s’étend à l’Amérique latine, avant de s’élargir à l’Europe, avec la Suisse considérée comme un premier point de chute sur le continent.

Le troisième partenaire commercial de la Suisse ne forcera pas l’agriculture suisse à s’ouvrir davantage