Le «Davos de l’été» offre en quelques jours un condensé de la Chine. Grâce à sa concentration de dirigeants, du public comme du privé, et d’experts, la réunion du Forum économique mondiale (WEF), à Dalian, permet de plonger dans les préoccupations de ce «nouveau champions» de l’économie mondiale, comme l’appelle Klaus Schwab, le président du WEF.

Le contraste frappe entre la catastrophe, en Europe et aux Etats-Unis, promise à une Chine en perte de vitesse et ce qui préoccupe les Chinois eux-mêmes. Bien sûr, la deuxième économie du monde voit sa croissance ralentir, mais rares sont ceux qui la voient s’effondrer. La Chine souffrirait-elle de myopie? Ne verrait-elle pas le mur, ou la Grande muraille pour reprendre les termes employés par l’Américain Paul Krugman, vers laquelle elle risque de s’écraser?

La vigueur du débat laisse espérer que non. La réunion de Dalian, organisée sur le mode de celle de Davos, offre certes un espace dans lequel les responsables peuvent s’exprimer comme s’ils étaient en privé. Cependant, la vivacité des échanges ne s’arrêtent pas lorsque les conférences se déroulent en public.

Critiques du gouvernement, des grandes sociétés d’Etat, de l’administration... en matière d’économie, la liberté d’expression surprend même alors que Pékin est souvent présenté comme un régime dictatorial. Autoritaire et policier, certainement comme en atteste les restriction d’accès à internet, mais en tout cas pas fermé à une forme de débat public.

Cette forme de contestation est sans doute salutaire tant les défis que la Chine dit vouloir relever sont nombreux. La bulle immobilière n’arrive pas en tête des préoccupations. S’y trouve plutôt la question d’une meilleure répartition de la richesse accumulée pendant les trente dernières années à un rythme inédit. Afin de transformer l’usine du monde en un marché de consommation d’une masse tout aussi inédite. Avec la liberté individuelle comme condition et moyen indispensable à cette transformation.

La sécurité sanitaire, la qualité de l’alimentation, la pollution de l’air occupent aussi une place de choix dans les attentes d’une économie qui peut de moins en moins légitimement revendiquer le qualificatif d’émergente, et qui se penche de plus en plus sur des problèmes de riches. Le Forum de Dalian a même pu avoir, dans certains débats, des airs de Forum social...

La Chine souhaite changer, mais le gouvernement lui en laissera-t-il la possibilité? Une partie de la réponse viendra du train de réformes dont l’annonce est attendue à la fin de l’année. Les intérêts des potentats en place dans nombre de régions et au sein du parti communiste constituent une muraille autrement plus difficile à franchir que les problèmes économiques immédiats.