Vendredi dernier, la banque centrale chinoise a indiqué la naissance d’un nouvel indice général pour le taux de change du renminbi: «l’indice RMB». Le pays entend ainsi détourner l’attention du marché du taux de change renminbi/dollar qui a toujours dominé la politique monétaire chinoise. Cette décision est le point culminant d’une semaine ayant vu l’affaiblissement le plus notable du renminbi depuis le changement drastique du système de taux de change chinois au mois d’août, avec une dévaluation progressive par rapport au dollar américain et un glissement vers un système de taux flottant exclusivement entravé par les limites de volatilité quotidiennes.

L’initiative obéit à des raisons d’ordre pratique, la Chine ayant en effet annoncé vouloir un taux de change davantage basé sur le marché. Le nouvel indice RMB est aussi plus représentatif des expositions commerciales chinoises et comprend un coefficient correcteur de 26,4% pour le dollar. Les marchés des titres se sont tout simplement emballés après l’annonce de la banque centrale chinoise ce vendredi.

L’intention à la base de la décision peut être interprétée de deux manières, notamment en termes de timing.

Premièrement, le marché a peur que ce mouvement suggère qu’un certain vent d’urgence souffle de nouveau sur le gouvernement chinois en raison des insuffisances de l’économie nationale, qui souffre des effets déflationnistes d’une énorme surcapacité. De surcroit, la cotation du renminbi par rapport à un dollar fort a affaibli la compétitivité de la Chine. En prenant la décision de détourner l’attention du taux de change renminbi/dollar, elle a ouvert la voie à une dévaluation plus agressive de la devise par rapport au dollar. La Chine peut désormais clamer qu’elle ne se concentre pas sur le taux de change américain mais que «tout dépend du panier/de l’indice RMB».

Deuxièmement, les Chinois envoient un véritable coup de semonce à la Fed de Janet Yellen alors que cette dernière est sur le point de remonter les taux d’intérêt pour la première fois depuis plus de neuf ans. La Chine reste pour l’instant extrêmement dépendante du taux de change renminbi/dollar et souhaite maintenir une politique monétaire nationale aussi simple que possible, une gageure lorsqu’on sait que la Fed aux États-Unis semble vouloir cesser sa politique monétaire arrangeante.

La forte dévaluation du renminbi la semaine dernière, plus cette annonce, pourrait engendrer de nouvelles craintes déflationnistes qui viendraient mettre un frein aux ardeurs de la Fed dès demain, ou tout du moins la forcer à rester particulièrement prudente quant à la trajectoire des hausses à venir des taux d’intérêt. Malgré tout, cette configuration laisse très certainement aux marchés un sentiment de déjà vu suite à la dévaluation choc du renminbi en août qui a secoué les marchés mondiaux – et qui a manifestement conduit Janet Yellen à perdre son sang-froid en n’augmentant pas les taux en septembre. Il faut s’attendre demain à ce que le FOMC décide de remonter les taux. Mais comment la Fed de Janet Yellen va-t-elle réagir à la nouvelle provocation de la Chine qui fait fi de ses conseils?

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank