Arthur Yeung est professeur à la China Europe International Business School (EIBS). Formé aux Etats-Unis, il a travaillé pour le groupe informatique Acer. Il est également professeur à l'université du Michigan. L'EIBS, créée en 1994 à Shanghai, se définit comme l'école de commerce la plus performante de Chine.

Le Temps: Que retenez-vous de ce forum? Arthur Yeung: Il a pour moi été très utile. Je retiens en particulier une séance de discussion entre patrons, du Nord, qui racontaient les problèmes qu'ils rencontrent pour recruter puis retenir les collaborateurs talentueux. En face d'eux se trouvait un représentant des syndicats qui disait combien il est difficile pour des millions de chômeurs de trouver puis de garder un emploi!

Cela me fait penser à la Chine. Nous rencontrons de sérieuses difficultés pour recruter du personnel qualifié. Dans le même temps, les étudiants qui sortent des écoles peinent à trouver un poste parce qu'ils manquent d'expérience.

- La Chine figure en tête de l'agenda de Davos. Elle séduit autant qu'elle effraie. Qu'en pensez-vous?

- Les consommateurs aiment la Chine parce qu'elle leur permet d'acheter des produits moins cher. Les salariés craignent pour leur emploi et leur niveau de vie. Mais les Chinois aussi ont soif de consommation.

L'émergence de la Chine est inévitable. Il faut s'y faire et essayer de voir comment en profiter plutôt que de gaspiller de l'énergie dans des attitudes uniquement défensives.

- Les Européens doutent de leur capacité de résistance face à la force de la vague chinoise. Les croyez-vous capables de surnager?

- L'Europe dispose de toutes les ressources pour se réinventer. Mais elle doit accepter de se réformer. L'Allemagne distribue trop généreusement des aides sociales. Il ne s'agit pas de renoncer à tout filet de sécurité, mais il faut changer l'état d'esprit. Cela n'a pas grand-chose à voir avec les ressources, naturelles ou financières.

- Un autre aspect inquiète les Européens: l'absence de démocratie et de liberté d'expression, comme l'illustre cette semaine la censure opérée par Google sur son moteur de recherche. Que répondez-vous?

- La décision prise par Google met l'entreprise plus en ligne avec la politique du gouvernement. C'est en fait un dilemme pour la Chine. Permettre une transparence totale, c'est prendre un grand risque. Les tensions sociales sont telles, la Chine est une bombe. Il faut veiller à ce qu'elle n'explose pas.