Perspectives

Chine: une croissance plus lente mais peut-être plus efficace en 2019

L’assouplissement de la politique monétaire chinoise devrait influer favorablement sur la marge nette d’intérêt des grandes banques et profiter aux actions de ces dernières

La Chine a affronté un certain nombre de turbulences en 2018, à commencer par les tensions commerciales avec les Etats-Unis. Sa transition d’une économie d’investissement vers une économie de consommation affaiblit les perspectives de croissance et peut s’avérer difficile. Nous tablons sur une croissance du PIB de 6,2% en 2019, ce qui représente un recul notable par rapport à la prévision de 6,6% pour 2018. Nous prévoyons en outre un ralentissement de la croissance globale des investissements réels de 6,8% en 2018 à 5,9% en 2019. La principale incertitude intérieure en 2019 concerne l’allocation efficace du crédit, notamment aux petites et moyennes entreprises (PME).

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Le 22 octobre 2018, la réunion exécutive du Conseil des affaires d’Etat a annoncé, sans fournir de détails spécifiques, que la banque centrale chinoise allait étudier la possibilité d’influer directement sur l’octroi de crédits aux entreprises privées. Plus récemment, la banque centrale de Chine (PBoC), entité de Shanghai, a apparemment indiqué qu’elle introduirait davantage d’outils de financement par des fonds étrangers afin d’aider les sociétés anonymes privées et les entreprises technologiques à lever des fonds. Selon nous, cette politique pourrait changer la donne. En effet, si elle portait ses fruits, elle pourrait réduire les difficultés de financement des PME et améliorer l’efficacité globale de l’allocation du crédit par le biais de canaux transparents, ce qui stimulerait l’efficacité de l’économie dans son ensemble.

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Le soutien à l’investissement basé sur le crédit ciblera certainement les secteurs stratégiques associés au grand programme «Made in China 2025» qui dépendent fortement de la recherche et du développement (R&D), comme l’industrie high-tech, les télécommunications et éventuellement la santé. Les exonérations fiscales sur les dépenses de R&D annoncées récemment confirment ces attentes.

L’accélération des investissements en R&D devrait compenser en partie l’essoufflement de la croissance des investissements dans les infrastructures et l’immobilier. Néanmoins, les investissements en R&D ne déboucheront probablement pas aussi vite sur une production industrielle que d’autres types d’investissement. Nous anticipons donc pour 2019 une divergence entre la performance de la production industrielle et la croissance générale des investissements.

Les tensions commerciales, principale source externe d’incertitude

Pour la Chine, le principal objectif à court terme a probablement été d’éviter la hausse des taux de droits de douane de 10% à 25% sur des exportations à hauteur de 200 milliards de dollars vers les Etats-Unis. Néanmoins, dans la mesure où l’assemblée populaire nationale, principal événement législatif annuel, se tiendra le 5 mars 2019, il serait préférable pour la Chine d’avoir conclu un accord d’ici là. Par conséquent, il ne serait pas surprenant que les deux pays parviennent à un consensus mutuellement satisfaisant d’ici à la fin de la trêve de 90 jours.

Par ailleurs, même en cas d’entente, il est peu probable que la question soit définitivement réglée, peu importe que cela soit explicitement indiqué ou non. Quel que soit l’accord conclu, il y a fort à parier qu’il contiendra une exigence de renouvellement à intervalles réguliers. D’autres détails comme les régimes de mise en application de la protection de la propriété intellectuelle et la prévention des transferts de technologie forcés risquent en outre de faire ressurgir les tensions de temps en temps. Notre scénario de base est que les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine resteront une préoccupation persistante et seront une source d’incertitude économique et politique en 2019.

Les actions chinoises, en revanche, restent soutenues par des valorisations attrayantes, des perspectives de bénéfices assez solides et une politique de soutien robuste en faveur de l’économie. La Chine a assoupli sa politique monétaire en réduisant le taux de réserves obligatoires de 100 points de base (pb) le 4 janvier 2019 pour tous les établissements financiers (en deux fois: 50 pb au 15 janvier et 50 pb au 25 janvier 2019). Dans la mesure où cette réduction devrait influer favorablement sur la marge nette d’intérêt des grandes banques, nous conservons une opinion positive sur les grandes banques chinoises.

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