Pour HSBC, il s’agit d’une «occasion manquée». Mercredi, à Hongkong, les analystes de la banque britannique n’ont pas apprécié le nouveau report décidé par MSCI. Pour la troisième année consécutive, la société financière américaine a différé l’inclusion des actions cotées en Chine, les titres dits «A», dans son indice Marchés émergents. «C’est une mauvaise surprise», selon la note d’HSBC diffusée hier. Quelque 1500 milliards de dollars qui suivent cet indice de référence pour les caisses de pension, gérants de fortunes et autres assureurs.

Ces derniers jours, la communauté financière spéculait sur cette inclusion, qui aurait permis à la deuxième économie du monde d’intégrer la cour des grands de la bourse. Actuellement, seuls les titres chinois cotés à Hongkong et aux Etats-Unis, loin de représenter tout le marché, sont inclus dans les indices.

La Chine a aussi fait part de sa déception. La CSRC, l’autorité de régulation des marchés, a déclaré que cette omission laissait les indices mondiaux «incomplets». Dimanche, le responsable de la CSRC estimait que l’ajout des titres A devait se faire sans délai, en particulier après les réformes entreprises récemment pour permettre aux investisseurs étrangers de placer plus facilement leurs fonds en Chine.

MSCI a reconnu que Pékin avait mis œuvre des réformes «importantes». Cependant, les investisseurs internationaux sondés par le spécialiste des indices les ont estimées insuffisantes. Sans compter que certaines contraintes jugées problématiques demeurent, comme l’impossibilité de rapatrier chaque mois plus de 20% des avoirs investis.

Pas de surprise

La décision de MSCI n’a en revanche pas surpris les analystes de Credit Suisse. Ils estimaient à 60% les chances que la réforme échoue. Dans une note rédigée fin mai, ils écrivaient que les suspensions de cotation, aux conditions trop laxistes, ainsi que les interventions opaques et les distorsions dont est victime le marché n’ont pas été réglées. La gestion du krach boursier l’été dernier et de celui en janvier a laissé des traces dans la confiance que les investisseurs étrangers ont dans le fonctionnement du marché action chinois. «Il y a trop d’incertitude», résume un rapport publié hier par le courtier hongkongais CLSA.

L’an dernier, le report décidé par MSCI a coïncidé avec le début de l’éclatement de la bulle boursière. Douze mois plus tard, «l’intervention étendue du gouvernement a permis d’éviter un effondrement et des réactions en chaîne dans le système», selon Raymond Hêche, de la société de gestion hongkongaise Nivalis. Dans sa note mensuelle diffusée la semaine passée, l’ancien banquier genevois constatait que les volumes ont chuté de 90%. «La raison est simple, écrivait-il. A 40% au-dessous de son pic, le marché des titres A est toujours soutenu à des niveaux irréalistes.»

L’inclusion des actions A dans les indices MSCI n’aurait donc pas forcément été une bonne nouvelle pour le marché chinois. En ce moment, «les investisseurs internationaux sont vendeurs de [ces titres]», constate CLSA. Or Pékin cherche à maintenir le marché stable. Si sa volonté de réforme et d’ouverture de la finance est jugée sincère, le moment n’est pas forcément le meilleur pour intégrer les indices MSCI. Hier, la bourse de Shanghai a fini la séance en hausse de 1,6%, paraissant bien digérer la nouvelle. Le marché spéculait cependant sur une nouvelle intervention de l’«équipe nationale», les grands acteurs financiers contrôlés par l’Etat, pour soutenir les cours.