Les avocats d'affaires européens installés en Chine ont l'habitude de dire que tout, ici, se copie. Du sel de cuisine aux ailes de Boeing. L'an dernier, le Quality Brand Protection Committee, un lobby regroupant des firmes étrangères en Chine, estimait que 90% des biens de consommation courante étaient des faux. «Les autorités chinoises reconnaissent que 15 à 30% de la production industrielle nationale est occupée par la contrefaçon, explique pour sa part Franck Desevedary, avocat à Pékin. La réalité doit se situer entre ces deux chiffres.»

La Chine est le plus grand contrefacteur de la planète. Des villes entières doivent leur essor économique à la copie avec la bienveillance des autorités qui ferment les yeux sur ce commerce. 70% des saisies effectuées en Europe proviennent de Chine. La production est concentrée dans le sud du pays, dans le Guangdong principalement. C'est également dans cette région que sont copiées les montres suisses que l'on retrouve sur les marchés des grandes villes comme Pékin pour 100 à 200 yuans (15 à 30 francs). «Tag Heuer est très copiée à Hongkong», explique par exemple Marc-Antoine Jamet, secrétaire général de LVMH. Ce dernier, également président de l'Union des fabricants français pour la protection intellectuelle, explique que la copie en Chine est un secteur en plein boom. «La contrefaçon s'industrialise, se criminalise et s'internationalise», conclut-il. LVMH a ainsi multiplié par cinq le nombre de ses enquêteurs et avocats en Chine (une quarantaine de personnes en tout) pour lutter contre les contrefacteurs.

Pékin procède régulièrement à des saisies spectaculaires de DVD par exemple pour montrer la volonté d'agir contre le mal. Le droit chinois se perfectionne également. Dans la pratique toutefois, la police chinoise semble démunie et les peines de prison sont très rares.