La Chine va privatiser une partie de Sinopec

Pétrole Investissements privés encouragés

Sinopec, le géant chinois du ­pétrole, projette de privatiser 30% de son activité de distribution de carburant. Numéro un du secteur dans son pays, le groupe public opère un peu plus de 30 000 stations-service, quand Petrochina, le deuxième, n’en compte qu’environ 20 000.

Cette privatisation partielle va probablement être observée de près par les milieux d’affaires. Non seulement parce qu’elle pourrait dépasser les 20 milliards de dollars, d’après Somshankar Sinha, chez Barclays, mais aussi du fait qu’elle apparaît comme la première déclinaison significative du projet de Pékin d’encourager l’investissement privé dans des secteurs contrôlés par l’Etat.

L’opération à venir est d’autant plus remarquable que le lobby du pétrole est, en Chine, l’un des plus puissants, et qu’il parvient le plus souvent à tuer dans l’œuf les projets de réforme susceptibles de nuire à ses intérêts. Il profite du fait qu’il n’existe pas de Ministère de l’énergie et que les responsabilités se partagent, dans ce domaine, entre plusieurs ministères et agences d’Etat. Pour un fin connaisseur du secteur, c’est d’ailleurs «la résistance de Sinopec et de ­Petrochina qui explique l’échec, il y a quelques mois, du projet de créer un Ministère de l’énergie qui aurait pu représenter pour eux une véritable tutelle».

Le vent pourrait commencer à tourner: non seulement Sinopec annonce la privatisation partielle d’une de ses activités centrales – elle représente environ un tiers de ses profits et deux tiers de son chiffre d’affaires – mais une vaste enquête anti-corruption a récemment fait tomber la direction de Petrochina, l’autre pilier du secteur.

Un test important

Si, pour justifier cet appel aux capitaux privés, Sinopec explique qu’il s’agit de gagner en «professionnalisme», la raison profonde pourrait bien être la nécessité, pour la Chine, de s’attaquer pour de bon aux groupes d’intérêts les plus puissants qui nuisent à sa compétitivité et à la fluidité des affaires. Dans cette perspective, cette privatisation constituerait le premier pas d’un long processus qui devra notamment casser le duopole dans les oléoducs et gazoducs du pays.

Reste à savoir si les étrangers pourront participer à cette privatisation. Là aussi, cela constituera un test important de la volonté d’ouverture affichée par Pékin. Celle-ci contraste avec la situation de nombreuses entreprises étrangères qui rencontrent des difficultés médiatiques ou réglementaires, qui semblent orchestrées par les autorités.