Matières premières

La Chine veut devenir le numéro un de la batterie pour voitures électriques

Glencore va vendre un tiers de sa production de cobalt au groupe chinois GEM. Ce métal, crucial pour produire des batteries à lithium-ion, va permettre à l’Empire du Milieu de dominer ce marché

La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les milieux de la voiture électrique: le groupe zougois Glencore a annoncé la semaine dernière qu’il allait vendre un tiers de sa production de cobalt au chinois GEM ces trois prochaines années. Entre 2018 et 2020, cette société cotée à la bourse de Shenzhen recevra 52 800 tonnes de ce métal précieux. L’immense majorité proviendra de deux mines situées en République démocratique du Congo (RDC), un pays qui domine la production globale. Sachant que le groupe helvétique génère à lui seul environ 35% du cobalt produit sur le plan mondial, GEM s’est octroyé une vaste tranche de ce gâteau.

Le cobalt est l’un des ingrédients clés entrant dans la composition des batteries de véhicules électriques. Chacune en nécessite 10 kilos, contre 10 grammes pour une batterie de smartphone. Cela en fait une denrée convoitée. Son prix a connu une première poussée en 2008 avec l’apparition de l’iPhone, mais il a vraiment décollé il y a dix-huit mois, en parallèle à la hausse de la demande pour les voitures électriques. «Depuis deux ans, sa valeur a quadruplé», note Sam Wilkinson, un spécialiste de ce secteur chez IHS Markit. Glencore estime que la demande pour le cobalt atteindra 314 kilotonnes d’ici à 2030, soit 332% de la production actuelle.

Dans le trio de tête

Or les Chinois dominent ce secteur. «Ils sont parvenus à accaparer la majeure partie du cobalt produit sur le plan mondial, loin devant tous leurs compétiteurs», souligne Nick Parker, un expert de la voiture électrique chez Alix Partners. Outre l’accord conclu entre Glencore et GEM, le groupe China Molybdenum a racheté une mine de cobalt en RDC en 2016 pour 2,65 milliards de dollars. La majorité de la production extraite par les mineurs artisanaux à l’aide de pioches et dans des conditions de travail dignes du XIXe siècle est rachetée par des intermédiaires chinois. Elle finit ensuite entre les mains de sociétés comme Congo Dongfang International Mining, une filiale du raffineur chinois Zhejiang Huayou Cobalt.

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Si la Chine domine à ce point les achats de cobalt, c’est que le pays a pour ambition de devenir le numéro un des fabricants de batteries pour voitures électriques. «Il se trouve déjà dans le trio de tête, aux côtés du Japon avec Panasonic et de la Corée du Sud avec Samsung et LG», relève Sam Wilkinson.

Parmi les champions nationaux se trouvent le groupe automobile BYD, basé à Shenzhen, Lishen Battery, à Tianjin, et CATL, un conglomérat sis dans le Fujian qui est en train de construire la deuxième plus grande usine de batteries à lithium-ion du monde après celle de Tesla, dans le Nevada. Cela lui permettra de générer 50 gigawatts/heure. A titre de comparaison, l’usine de Elon Musk produit 35 gigawatts/heure. D’ici à 2021, la Chine – qui compte déjà 140 producteurs de batteries pour véhicules électriques – aura accaparé 70% du marché.

Batteries chinoises incontournables

S’exprimant lors du FT Commodities Summit à Lausanne en début de semaine, le directeur général de Glencore Ivan Glasberg a estimé que «si le cobalt tombe entre les mains des Chinois, on ne verra plus beaucoup de voitures électriques produites en Europe.» L’Empire du Milieu est déjà devenu incontournable pour les groupes automobiles occidentaux: tant BMW que Volkswagen se fournissent chez CATL. Ce dernier compte GEM parmi ses fournisseurs de cobalt et absorbera donc vraisemblablement une bonne partie du métal extrait par Glencore.

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Pour Pékin, devenir le numéro un de la batterie électrique représente une façon de booster l’industrie locale, notamment au moyen d’une série de mesures protectionnistes destinées à favoriser les fabricants de batterie chinois, note Julia Coym, qui suit ce secteur depuis Shanghai pour l’entreprise Control Risks. Le gouvernement y voit également «une solution pour lutter contre la pollution et diminuer sa dépendance face au pétrole importé», précise-t-elle. La Chine est d’ores et déjà le plus important marché pour les véhicules électriques. Il s’en est vendu 605 500 l’an dernier, soit 49% du total mondial.

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