La Chine veut remettre les services au cœur de l’OMC

Commerce Un groupe d’Etats influents ouvre un nouveau front au Centre William-Rappard

Les services ne doivent plus être les parents pauvres de Doha. Ils méritent la même attention que le dossier agricole ou l’accès aux marchés pour les produits industriels, deux piliers traditionnels de la ronde de négociations lancée en 2001 par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est en substance le message livré il y a environ deux semaines par trente membres de l’institution basée à Genève.

Cette initiative constitue, selon des sources diplomatiques citées par Bloomberg, une renonciation à la décision prise en 2005 à Hong­kong de ne pas donner de priorité aux services dans les pourparlers de Doha. Conséquence: une vingtaine d’Etats – jouant, actuellement pour certains, sur les deux tableaux – ont décidé en 2012 de parvenir à un accord plurilatéral sur les services, mais en marge de l’OMC. Ces derniers ont par ailleurs franchi à Genève, au moment même où s’ouvrait ce nouveau front au Centre William-Rappard, une étape charnière dans la formulation de ce texte négocié entre quelques-uns, mais dont la vocation est d’être in fine étendu à tous les membres de l’OMC.

Groupe nommé «enchilada»

Le nouveau groupe, dont le nom de code est «enchilada», est très hétérogène, selon Thomas Braun­schweig, expert en politique commerciale à la Déclaration de Berne. Toutefois, il est composé notamment de membres de l’OMC influents, tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil. A noter que ces deux derniers Etats ont toujours été, au nom du multilatéralisme, opposés à un accord sur les services hors OMC. Sont impliquées dans le projet intégré à l’institution des puissances comme les Etats-Unis ou l’Union européenne, également partie aux pourparlers hors OMC.

Pourquoi, tout à coup, vouloir redonner aux services toutes leurs lettres de noblesse? «Le timing pour intégrer ce thème au menu des discussions à venir est idéal, commente Thomas Braunschweig. Les pays membres se sont donné jusqu’à la fin de cette année pour convenir d’une feuille de route suite au succès de la 9e conférence ministérielle qui s’est tenue à Bali en décembre.»

L’«éléphant dans la pièce»

Autre élément de lecture: la Chine, 3e plus gros débouché mondial en matière de services. Pékin est pour l’heure exclu des négociations parallèles à l’OMC. Au départ critique, la Chine a manifesté depuis septembre son souhait d’intégrer ce club. Les Etats-Unis, de plus en plus isolés mais encore soutenus notamment par le Canada, continuent de s’y opposer.

Pour Washington, mais aussi Bruxelles, l’accord plurilatéral – surnommé l’«éléphant dans la pièce» – reste une priorité. «Les Etats-Unis craignent Pékin, sans pouvoir l’isoler indéfiniment. Leur tactique consiste ici à rendre sa participation la plus chère possible», conclut Thomas Braunschweig.