Innovation

En Chine, la voiture électrique suscite des interrogations

Alors que Volvo a récemment lancé à Shanghai une nouvelle marque électrique, des experts questionnent l’actuelle ruée des industriels vers ce futur «propre», vu comme aussi profitable que les technologies numériques

En septembre dernier, les ventes de voitures électriques en Chine ont bondi de 80%. L’espoir est maintenant que plus de 700 000 véhicules à «nouvelle énergie», comme ils sont appelés sur place, soient vendus dans le pays en 2017. Si la Chine est le premier marché automobile du monde, il l’est aussi pour la voiture à batteries lithium-ion, vue comme un moyen de lutter contre la pollution endémique des grandes villes. Mais aussi comme une valorisation de l’appareil industriel, en particulier la production de véhicules jusqu’ici jugés de pauvre qualité. Comme le dit le professeur Min Xu, spécialiste automobile à l’Université Jiao Tong de Shanghai, «nous avons affaire ici à une nouvelle ruée vers l’or. Elle pourrait être aussi profitable que celle des technologies numériques.»

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Cette dynamique hors norme n’échappe pas aux constructeurs occidentaux. Mardi dernier à Shanghai, Volvo a lancé une nouvelle marque électrique, Polestar. Un label premium, soutenu par le groupe suédois et son propriétaire chinois Geely. L’investissement dans Polestar est de 5 milliards de yuans ou 740 millions de francs. Une usine est en cours de construction à Chengdu, dans la province du Sichuan.

Un premier modèle haut de gamme, Polestar 1, sera commercialisé mi-2019. Il sera suivi six mois plus tard d’une petite berline, rivale du Model 3 de Tesla, puis plus tard d’un SUV. Coupé GT de 600 chevaux, Polestar n’est pas 100% électrique. Cette voiture hybride comporte deux moteurs électriques qui propulsent les roues arrière et un moteur à essence de 2 litres pour le train avant. Aux journalistes qui s’étonnaient de ce choix technologique, les responsables suédois de Polestar répliquaient qu’un coupé premium de grand tourisme nécessite une bonne autonomie pour les longs trajets. En ajoutant que le rayon d’action en seule propulsion électrique sera de 150 km. Et que les modèles suivants seront dépourvus de moteurs à hydrocarbures.

Les nouvelles initiatives pullulent

Surtout destiné à l’export, le coupé GT veut affirmer sa différence avec la rafale de modèles à puissantes batteries qui seront commercialisés dans les prochaines années par les rivaux de Volvo-Geely. Doté d’une carrosserie en carbone, Polestar 1 ne s’achètera pas chez un concessionnaire. Il se louera en ligne, sur une base mensuelle, sans dépôt préalable. L’abonnement comprendra un service de conciergerie de luxe.

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A Shanghai, l’œil critique du professeur Min Xu observe la création de Polestar avec intérêt. Selon lui, la ruée chinoise sur la «nouvelle énergie» a besoin de propositions qualitatives, épaulées par des constructeurs expérimentés: «Les marques chinoises diffèrent encore beaucoup en termes de qualité. De plus, comme les investissements nécessaires à la production de véhicules électriques sont plus bas que pour les voitures à essence, les nouvelles initiatives pullulent. Plus de 100 nouvelles marques électriques, peut-être même 200, ont récemment été créées en Chine. S’il est facile de présenter en trois mois un nouveau modèle, il est autrement plus difficile de le fiabiliser et de mettre en place un réseau de vente et entretien. A mon avis, peu de ces sociétés aboutiront à un projet concret.»

Subsides gouvernementaux

Min Xu note que le gouvernement chinois n’accorde désormais des licences de production qu’à des marques qui offrent des voitures électriques dans leur catalogue. Cette proportion devra augmenter fortement d’ici à 2025, et la consommation moyenne des véhicules thermiques descendre à moins de 4 litres/100 km. Les subsides gouvernementaux pour l’achat d’une auto électrique, lancés avec succès en 2013, vont progressivement diminuer pour tendre vers zéro à l’horizon 2020.

Le professeur le dit tout net: «Les consommateurs chinois se fichent de l’enjeu environnemental. Qui dit ici que l’électricité est produite à 60% par des centrales à charbon et à 20% au gaz naturel? Des efforts sont certes consentis pour les rendre moins polluantes, mais ces coûts se reporteront sur celui de l’électricité. Ce qui compte, c’est l’argent, la possibilité d’acheter une première voiture. Laquelle sera électrique si le prix est intéressant et qu’elle permettra de rouler dans des villes comme Pékin ou Shanghai, où les restrictions de circuler sont de plus en plus sévères.»

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