Steak de bœuf, porc, gigot d’agneau, cuisse de volaille, mais aussi saucisse, jambon et tripes, le monde en raffole. Pour preuve, en vingt ans, la consommation carnée a doublé pour atteindre 320 millions de tonnes en 2018 dans le monde et elle devrait encore grimper de 13% d’ici à 2028.

«Meat Atlas 2021», que viennent de publier la Fondation allemande Heinrich-Böll et l’association européenne Les Amis de la Terre, tord le cou à la perception selon laquelle la viande cède sa place aux légumes et céréales et autres pratiques véganes.

Des conséquences pour la nature

Par exemple en Suisse, un petit acteur en la matière et qui n’est pas traitée par le document, la consommation de viande a même augmenté de 441 000 tonnes en 2011 à 447 000 tonnes en 2020. Mais selon l’Union professionnelle suisse de la viande, organisation faîtière de la branche, elle a diminué par habitant de 54,1 à 50,9 kilos sur la même période. Mais cette baisse, elle l’attribue plutôt à la hausse de la population qu’à la baisse de la demande. A titre de comparaison, un Américain mange 100 kilos. A l’autre extrême, un Africain 17 kilos.

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Les éditeurs de l’Atlas de la viande font aussi passer le message selon lequel notre consommation en hausse n’est pas sans conséquence pour la nature: intensification de l’élevage, déforestation et perte de la biodiversité. «Par-dessus tout, alors que la viande ne représente que 18% des calories consommées dans le monde, sa production représente à elle seule de 56% à 58% des émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole», commente Christine Chemnitz, directrice du département des politiques agricoles de la Fondation Heinrich-Böll.

En dehors de ce message «moral» sur la durabilité et les inégalités d’alimentation, les 80 pages de l’Atlas de la viande constitue une mine d’informations sur un secteur économique qui brasse des milliards et occupe globalement près de 1 milliard de personnes, surtout dans les pays en développement. La plus forte hausse de la demande de viande vient de la Chine qui représente un tiers de la consommation mondiale. Mais à l’échelle individuelle, un Chinois n’en mange que 60 kilos.

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Dans les pays développés, la consommation de viande reste à un niveau élevé et constant. Le politologue français Paul Ariès fait remarquer que cette augmentation est due principalement aux jeunes de 15-25 ans en Europe qui en consomment toujours plus. L’auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser et d’un roman à venir Le meilleur des mondes végan déplore que «cette hausse ne se produise pas dans les parties du monde qui en auraient le plus besoin, où l’on sait que le manque de protéines animales en bas âge est une cause de surmoralité».

L’essentiel de la viande produite est consommé sur place. Près de 38 millions de tonnes de viande, soit environ 11% de la production mondiale annuelle, font l’objet d’échanges transfrontaliers en 2017. La tendance est à la hausse. Dans les années 1960, moins de 4% de la production mondiale de viande bovine était exportée; aujourd’hui, c’est presque 20%. Le Brésil, les Etats-Unis et le Canada se partagent l’essentiel du marché mondial qui pesait 24 milliards d’euros en 2017.

Une arme politique

Mine de rien, la Suisse participe aussi au commerce international de la viande. La production indigène étant insuffisante, elle autorise des importations selon un système de contingents. Elle en exporte aussi, notamment de la viande séchée en Europe et des produits congelés et abats en Chine.

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La viande, c’est aussi une arme politique. La Russie a provoqué un surplus en Europe en interdisant l’importation de viande à la suite des sanctions de l’Union européenne après l’annexion de la Crimée par la Russie. La Chine a ralenti les importations de bœuf australien après que Canberra l’a accusé d’être à l’origine de la pandémie de Covid-19. L’Arabie saoudite, elle a interdit les importations de volaille du Brésil, en guise d’avertissement pour qu’il ne déplace pas son ambassade en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. En Suisse et en Europe, les éleveurs s’opposent à un accord de libre-échange avec le Mercosur par crainte d’être obligés d’acheter de la viande d’Amérique du Sud en grande quantité.