L’agence chinoise a officialisé cette semaine, à Pékin, une association avec l’américaine Egan-Jones Ratings et la russe Rusrating. Le but étant de gagner en crédibilité pour venir concurrencer pour de bon S&P, Moody’s et Fitch, les trois poids lourds du secteur.

Dagong a bien l’intention de changer de catégorie. Jusqu’à présent cantonnée au statut de petite agence de notation dissidente, l’institution chinoise a décidé de s’attaquer aux trois géantes du secteur que sont S&P, Moody’s et Fitch, en s’alliant avec l’américaine Egan-Jones Ratings et la russe Rusrating. Si les détails de cette association doivent être annoncés aujourd’hui, Dagong a d’ores et déjà précisé, dans le communiqué qu’elle a diffusé hier, qu’il s’agissait de créer une nouvelle agence, baptisée Universal Credit Rating Group, qui sera «entièrement indépendante» et dont l’objectif est de «ne représenter les intérêts d’aucun pays ou groupe en particulier». Le fait que la conférence de presse a été organisée à Pékin par Dagong, semble révélateur du rôle clé qu’entend jouer l’institution chinoise dans ce trio.

Jusqu’à présent, Dagong n’est pas parvenu à s’imposer comme un acteur respecté sur les marchés internationaux. Il doit cette indifférence des investisseurs à sa relative inexpérience – il n’a que dix-huit ans –, mais aussi au fait que, en dépit de ses dénégations, il est toujours suspecté d’être le relais de Pékin sur les marchés. De fait, il continue d’attribuer à la Chine la note maximale, au moment même où les inquiétudes sur la solidité de l’édifice financier chinois se font de plus en plus palpables. A l’inverse, il s’est illustré par sa dégradation de la note de la France en décembre 2011, avant S&P, et par celle des Etats-Unis quelques mois plus tôt.

Chez Dagong, on refuse de voir là une preuve d’interférence politique. Et l’on revendique plutôt une philosophie qui intègre le potentiel de croissance des pays, au lieu de s’en tenir à une approche purement comptable des problématiques d’endettement. Sous-entendu: les trois grandes, qui n’ont pas vu venir la crise des «subprime», feraient bien de changer de logiciel. Dans son communiqué publié hier, Dagong place la barre haut en se fixant pour objectif, avec cette nouvelle entité, de «réduire le risque économique dans le développement de la civilisation humaine».

Ce rapprochement, qui pourrait permettre à Dagong de changer d’échelle, apparaît comme la suite logique de la stratégie d’internationalisation qu’il opère depuis plusieurs années. Après avoir décidé d’attribuer des notes souveraines à une cinquantaine de pays sur une base volontaire, il a été sollicité par les autorités de Minsk, il y a un an, pour faire de même avec les finances de la Biélorussie. L’ancienne République soviétique n’a pas caché qu’elle espérait trouver là une oreille plus attentive que chez les agences occidentales, qui venaient de réduire la note du pays, et qu’elle lorgnait, derrière ce rating, sur les investissements en provenance de Chine. Après ce premier pas sur le marché de la dette souveraine, Dagong vise une implantation physique en Europe, début 2013. Et il affirme avoir été approché par plusieurs pays intéressés par ses services.

Dagong n’est pas encore parvenu à s’imposer comme un acteur respecté sur les marchés