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Les Chinois pourraient devancer Galileo

Le système de navigation Beidou sera peut-être prêt avant son concurrent européen

Les Chinois pourraient devancer Galileo

Espace Le système de navigation Beidou sera peut-être prêt avant son concurrent européen

Et si les Européens avaient perdu davantage que deux satellites vendredi? Lundi, les experts tentaient toujours d’évaluer comment ils pourraient sauver les deux satellites lancés vendredi et devant lancer le programme Galileo, qui a pour but de créer un système de navigation indépendant du GPS américain. Sat-5 et Sat-6, lancés de Guyane, se trouvaient lundi sur une mauvaise orbite et affichaient une inclinaison incorrecte. Un coup dur pour Galileo, car les Européens pourraient voir les Chinois et leur programme Compass Beidou les devancer.

Les deux satellites devaient se trouver sur une orbite circulaire de 23 522 kilomètres d’altitude. Lundi, ils suivaient une orbite elliptique avec un apogée de 25 922 km et un périgée de 13 700 km d’altitude. «Analyser la situation et prendre la bonne décision demandera du temps, avertit Pierre-André Farine, professeur à l’EPFL et responsable du laboratoire d’électronique et de traitement des signaux. Il pourrait être possible de modifier l’altitude des satellites, mais cela consommera du carburant et réduira la durée de vie des deux satellites. Quant à l’inclinaison, c’est un problème plus sérieux encore – il n’est pas certain qu’il puisse être résolu.»

Cette inclinaison devait être de 55 degrés par rapport à l’équateur, elle n’est dans les faits que d’environ 49 degrés. Chacun des satellites a coûté 100 millions d’euros et le lancement environ 75 millions.

Déjà six ans de retard

Du coup, un retard d’environ six mois est à craindre. Galileo a été initié en 1999, a pris six ans de retard et devait déployer ses premiers services en 2015. «Au total, six satellites devaient être lancés cette année, puis les Ariane 5 ES devaient ensuite en lancer par lots de quatre pour atteindre le chiffre de dix-huit satellites en orbite, poursuit Pierre-André Farine. Il est certain que l’ensemble du programme prendra du retard.»

Du coup, ce sont les Chinois qui pourraient devancer les Européens. «Pékin a pour objectif que son système Compass Beidou soit opérationnel d’ici à 2020, et ce sera vraisemblablement le cas, au vu des moyens mis en œuvre et de la détermination affichée par la Chine», affirme le professeur.

Par contre, davantage de flou entoure les Russes et leur programme Glonass. «Ils ont l’habitude de lancer leurs satellites en décembre, nous verrons ce qui se passe à ce moment-là et s’ils ont les fonds nécessaires pour continuer ce projet avec la technique de modulation CDMA», estime Pierre-André Farine. Au niveau européen, Galileo, piloté par l’Agence spatiale européenne, est devisé au total à quelque 13,3 milliards d’euros (environ 16,4 milliards de francs) et la Suisse est associée au programme au travers des horloges atomiques au rubidium et masers à hydrogène qui équipent chaque ­satellite.

Les Américains avancent

Pendant que leurs concurrents tentent de faire démarrer leurs projets, les Américains progressent. «Les Etats-Unis viennent de lancer début août un septième satellite GPS IIF qui émet le signal L5, qui permettra d’obtenir un positionnement plus précis encore», complète le professeur. Galileo a aussi pour but de fournir aux civils un positionnement plus précis que le GPS américain, dont le signal est plus fin pour l’armée américaine.

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