Dans «Pixels», les extraterrestres détruisent le Taj Mahal. Initialement leurs canons devaient pourtant viser la Grande muraille de Chine. Mais Columbia Pictures a changé d’avis pour augmenter les chances de succès du film en 2015 auprès du public chinois, comme l’a révélé WikiLeaks.

Des seconds rôles tenus intentionnellement par des Chinois, voire personnages ajoutés pour la version diffusée en Chine comme dans «Iron Man 3», les exemples ne manquent pas pour témoigner du soin qu’accorde Hollywood au marché chinois. Le succès de «Fast & Furious 7», en première place du box-office chinois l’an dernier avec près de 400 millions de dollars (environ 393 millions de francs), s’explique en partie par la diversité ethnique de son casting.

Pékin limite le nombre de films étrangers

Les salles de cinéma en Chine ont produit l’an dernier 6,8 milliards de dollars de recette, 49% de plus qu’en 2014. Il s’agit du deuxième marché au monde, derrière l’Amérique du nord et ses 11,1 milliards, selon Motion Picture Association of America. Les films chinois ont assuré quelque 60% des recettes, mais les productions étrangères, américaines en tête, leur mènent la vie dure. Leurs 40% de parts de marchés sont d’autant plus remarquables que Pékin limite à 64 le nombre de films importés, rappelle l’agence chinoise Xinhua.

Cette année, la fièvre du cinéma s’est un peu calmée. Au premier semestre, le chiffre d’affaires des salles n’est plus en hausse que de 21%, à 4 milliards de dollars, et les productions chinoises ont reconquis le haut de l’affiche, avec notamment La Sirène. Son réalisateur est pourtant hongkongais. C’est d’ailleurs pour apprendre les recettes du cinéma qui attire les foules que les Chinois vont à Hollywood leur portefeuille grand ouvert.

«Alliance stratégique»

Le dernier exemple remonte à dimanche. A Pékin, Jack Ma, le fondateur de Alibaba, a annoncé s’associer à un géant de Hollywood, Steven Spielberg. Alibaba Pictures va prendre une part minoritaire, au montant tenu secret, de Amblin Partners (ex-Dreamworks), la société du réalisateur américain. Les deux hommes ont promis une «alliance stratégique» dont l’objectif est de créer des films calibrés pour le «public chinois et international». «Nous apporterons plus de Chine à l’Amérique et plus d’Amérique en Chine», a déclaré Steven Spielberg. En 2015, Alibaba Pictures s’était déjà risqué aux Etats-Unis, mais en se limitant à un investissement dans «Mission Impossible: Rogue Nation», en 2015. La société grandit, mais souffre en bourse. Coté à Hongkong, fermée lundi en raison d’un jour férié, son titre perd 16% depuis janvier.

Deuxième fortune de Chine, Jack Ma marche dans les pas de Wang Jianlin. L’homme le plus riche du pays, selon le classement Hurun, s’est lancé dès 2012 sur le marché américain, en rachetant les cinémas AMC, puis en contrôlant cette année Legendary Pictures. Il y a dix jours, le magnat de l’immobilier qui veut faire de son groupe un empire du divertissement a déclaré être en discussion pour racheter Dirck Clark Productions. Ce studio organise les Globe Awards et Miss America. Le marché spécule sur une opération à un milliard de dollars.

Promotion des «valeurs chinoises»

«Mon travail, c’est d’utiliser la technologie pour aider ces gars», a déclaré Jack Ma. Wang Jianlin a une autre ambition: «changer le monde où les règles sont établies par les étrangers», a-t-il déclaré cet été à la télévision chinoise. Le patron de Wanda a aussi critiqué l’inauguration du parc Disney de Shanghai, lui reprochant sa culture uniquement américaine. Ces propos ont aussi une visée interne. Le président Xi Jinping encourage la promotion des «valeurs chinoises».

Aux Etats-Unis, la vague chinoise inquiète jusqu’à Washington. Plusieurs membres du Congrès voient la Chine faire œuvre de «censure» et de «propagande». A leur demande, le gouvernement a accepté fin septembre de se pencher sur le dossier.