Les Chinois s’intéressent au contrôle du Club Med

Loisirs Le groupe Fosun a surenchéri vendredi sur l’Italien Bonomi

Il faut croire que la marque Club Méditerranée a un indéniable potentiel commercial en Asie. Plutôt que de lâcher prise et de laisser l’homme d’affaires italien Andrea Bonomi – l’homme qui a redressé les motos Ducati – s’emparer de la fameuse entreprise de loisirs française, le groupe chinois Fosun a en effet décidé de surenchérir in extremis vendredi, date butoir fixée par les autorités boursières françaises.

En offrant 22 euros par action, soit 5% de plus que l’offre transalpine, le PDG de Fosun, Guo Guangchang, valorise le Club Med à 828 millions d’euros, contre les 790 millions proposés aux actionnaires – la cotation du titre à Paris reste suspendue – par Andrea Bonomi. Bien que toujours allié au fonds Ardian (ex-Axa Private Equity, propriétaire de 9,4% de l’entreprise) et aux dirigeants actuels du Club emmenés par le PDG Henri Giscard d’Estaing, le conglomérat chinois basé à Shanghai, très présent dans l’immobilier, le secteur minier et la pharma, est désormais majoritaire dans le nouveau consortium.

Cette offensive parait néanmoins tout à fait à sa portée financière: acquéreur en janvier dernier de la branche assurance de la banque portugaise Caixa Geral de Depositos, Fosun dispose, selon les analystes, d’une réserve cash de plus de 3 milliards d’euros. Le modèle invoqué par Guo Guangchang, l’un des plus riches hommes de Chine au côté du fondateur d’Alibaba Jack Ma, est celui du holding Berkshire Hathaway du milliardaire américain Warren Buffett. Dans le pays le plus peuplé du monde, où la classe moyenne urbaine est de plus en plus éprise des villages de vacances, la marque Club Med peut, selon les communiqués de Fosun, avoir un avenir radieux en lien avec de grands opérateurs touristiques asiatiques. Les plans de Fosun envisagent de passer de 100 000 clients chinois actuels du Club à 200 000 d’ici à 2020.

Du côté italien, aucune riposte n’est encore venue. La famille Bonomi, qui a, elle, les faveurs de Serge Trigano (dont le père Gilbert avait cofondé l’entreprise avec Gérard Blitz au début des années 1950), a commencé à racheter des actions en mars 2014, avant de déposer une offre publique d’achat en bonne et due forme à 21 euros le 30 juin 2014, via son fonds Global Resorts. Son projet, beaucoup plus mondialisé mais toujours tourné vers la Chine, est de diversifier davantage l’offre pour des séjours touristiques, avec des tarifs tout compris et d’autres non. Andrea Bonomi a aussi déclaré dans plusieurs entretiens que la marque au Trident (le symbole du Club) a abîmé son image en misant sur une stratégie unique de luxe. Il conteste également la direction actuelle de l’entreprise qui exploite 80 villages, et a affiché 9 millions de pertes pour un chiffre d’affaires de 1,4 milliard pour 2012-2013, après deux années bénéficiaires.

Avantage à la Chine

La marge de manœuvre d’Andrea Bonomi est en revanche beaucoup plus restreinte que celle de son adversaire chinois. Après avoir revendu en 2012 les motos Ducati au groupe allemand Audi pour 860 millions d’euros, cet ancien champion de motonautisme a racheté les automobiles Aston Martin pour environ 200 millions, et promis d’y investir 600 millions sur cinq ans.

Sur le papier, l’offre chinoise paraît donc la mieux placée pour l’emporter, d’autant que les Italiens sont maintenant assurés d’obtenir un joli bénéfice grâce à leurs paquets d’actions engrangés à bas prix. Une victoire de Fosun marquerait toutefois un changement beaucoup plus drastique: le Club Med, a promis le conglomérat chinois, restera coté à Paris. Mais en devant majoritaire, le groupe de Shanghai aura sûrement à cœur d’en prendre très vite le contrôle total. Les futures aventures des Bronzés auront, dans ce cas, des héros aux yeux bridés.