La situation tendue en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao (LT du 10.11.2004), confère une actualité particulière aux perspectives et aux résultats du géant zurichois Barry Callebaut, premier fabricant mondial de chocolat industriel. «Nous avons d'ores et déjà déployé de gros efforts pour réduire notre dépendance envers la Côte d'Ivoire en doublant les volumes de fèves de cacao acquis au Ghana, deuxième producteur mondial, et en diversifiant notre approvisionnement vers des pays tels que l'Indonésie», a rassuré Patrick De Maeseneire, responsable opérationnel de Barry Callebaut, devant les médias réunis mercredi à Zurich.

Alors que les résultats annuels communiqués hier dépassent à peine les attentes du marché, l'action Barry Callebaut a bondi de 7,4% à 251,25 francs mercredi non sans surprendre plusieurs analystes. Il est vrai que le titre avait perdu 22% de sa valeur depuis le mois de juillet, lorsque le groupe avait communiqué une baisse du bénéfice sur neuf mois, après une stagnation des ventes en Allemagne. Tout en prévoyant pour 2004/2005 un «contexte plutôt difficile», Patrick De Maeseneire a assuré que «Barry Callebaut veut continuer de croître deux fois plus vite que le marché mondial». Il a en outre rappelé que les hausses du prix du cacao étaient en grande partie répercutées sur la clientèle.

L'exercice annuel 2003-2004 (clos à fin août) s'est finalement soldé par un bénéfice net de 115,6 millions de francs, en hausse de 12% sur l'exercice précédent. Le chiffre d'affaires, en progression de 13,8%, a franchi pour la première fois la barre des 4 milliards de francs, à la faveur de la première consolidation de la société belgo-néerlandaise Luickx (décorations en chocolat et massepain pour boulangeries, etc.) et du confiseur américain Brach. «La croissance organique des volumes écoulés par Barry Callebaut s'est élevée à 4,4% contre seulement 1% pour le marché mondial», n'a pas manqué de mettre en évidence son patron.

Les marques de distributeur privilégiées

Après avoir axé sa stratégie sur la tendance croissante des grands chocolatiers à sous-traiter la fabrication des produits de base, Barry Callebaut se présente aujourd'hui comme «la seule compagnie de production de cacao et de chocolat complètement intégrée verticalement, depuis la fève jusqu'au consommateur final», ainsi que le soulignait Patrick De Maeseneire mercredi.

Cette réorientation a commencé par l'acquisition en 2002 pour 256 millions de francs du chocolatier allemand Stollwerck (marques Sarotti, Alpio, Gubor), aujourd'hui en pleine restructuration, de même que le confiseur américain Brach, racheté à KJ Jacobs en 2003. Les deux sociétés sont actuellement réunies au sein de l'unité «Gourmet et spécialités», rattachée à la division «Services alimentaires et commerce de détail». Cette dernière a vu sa marge de rentabilité opérationnelle chuter à 5,4% l'an dernier (7,4% lors de l'exercice précédent), pénalisée par l'évolution décevante des produits de consommation en Europe. En revanche, la marge de rentabilité de la division industrielle (qui fournit des produits semi-finis) s'est améliorée à près de 8% (6,5%) au cours de l'exercice écoulé.

Patrick De Maeseneire n'en reste pas moins convaincu du potentiel que représentent les «marques de distributeur» («private labels») dans le chocolat. Il assure que celles-ci ne sauraient concurrencer les grandes marques comme Milka. C'est que Barry Callebaut ne veut pas se positionner comme un concurrent de ses clients potentiels dans le chocolat industriel. L'offensive actuelle des distributeurs à prix cassés («harddiscounters») Lidl et Aldi, constitue d'ailleurs pour le patron de Barry Callebaut un atout supplémentaire pour le développement des marques de distributeurs.