Une nouvelle fondation, Initiative internationale pour le cacao, basée à Genève, part en guerre contre le travail abusif des enfants dans les plantations de cacao, récemment mis en lumière par les médias. Pour mettre un terme aux abus, les représentants des six plus grandes associations mondiales des industriels du chocolat, trois organisations non gouvernementales et trois syndicats viennent de poser la première pierre de l'organisme qui est actuellement en phase constitutive. Les associations humanitaires et les syndicats ont finalement convaincu les industriels de s'asseoir autour de la même table pour résoudre ce problème. Cette initiative internationale suit l'exemple tracé il y a environ une année par la fondation pour l'élimination du travail des enfants dans les plantations de tabac.

La première réunion de la fondation aura lieu le 17 septembre à Genève. Des représentants de Nestlé, Hershey, Cadbury et Mars seront présents et les premiers résultats ne devraient pas trop se faire attendre. «Le dynamisme des chocolatiers me frappe. Je ne serais pas surpris si la fondation parvenait à ouvrir ses bureaux ces prochains mois», lâche Frans Röselaers, directeur de l'IPEC (Programme international pour l'abolition du travail des enfants).

Officiellement, la fondation devrait être opérationnelle le 1er janvier 2003. Disposant d'un budget de fonctionnement de 750 000 francs à un million de francs, elle devrait employer trois ou quatre collaborateurs, estime Ron Oswald, coprésident de l'organisation et Secrétaire général de l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA). Les montants consacrés aux projets d'actions à proprement parler seront fixés ultérieurement. Par comparaison avec la fondation active dans le secteur du tabac, ils pourraient atteindre environ un million de francs par an. Travaillant main dans la main avec le Bureau international du travail (BIT), ce qui explique sa présence à Genève, cet organisme va mettre en œuvre un montage de programmes qui sera défini ces prochains mois.

Rôle symbolique

Selon Frans Röselaers, son action va se déployer sur trois plans parallèles. Pour commencer, l'Initiative veut améliorer les conditions d'existence des adultes, souvent forcés de faire travailler leurs enfants par manque de ressources. Ensuite, elle va tout mettre en œuvre pour développer les capacités des écoles afin de permettre aux jeunes de suivre leur scolarité. Enfin, il s'agira de sensibiliser les populations aux conséquences du travail des enfants.

Le rôle de la fondation s'annonce délicat. Une étude de l'Institut international d'agriculture tropicale, rendue publique début août par le Financial Times, met en cause l'image de l'enfant esclave, propagée depuis une année environ par de nombreux médias occidentaux. La fondation devra donc commencer par faire un point de la situation. «Je pense qu'on va débuter en éliminant les contradictions sur le travail des enfants. Il s'agira donc de bien définir ce qu'est le travail abusif», suggère Ron Oswald. La fondation concentrera ensuite ses efforts sur la Côte d'Ivoire, principal producteur de cacao mondial. Pour mémoire, ce commerce représente quelque 50% de son PIB. Cependant, la mission de l'Initiative ne se limitera pas qu'à ce seul pays puisque son mandat est planétaire.

En regard de l'étendue de la mission à accomplir, les moyens de la fondation peuvent sembler modestes. Mais ce serait négliger sa dimension symbolique. En effet, plus de 70% des enfants travaillent dans des exploitations agricoles, contre seulement 9% dans des industries manufacturières, qui ont pour leur part passablement cristallisé l'attention de la presse. De plus, le secteur cacao est très porteur sur le plan médiatique, comme peut en attester la virulente campagne de presse qui s'est abattue ces derniers mois outre-Atlantique.

Sur le long terme, il y a donc fort à parier que les efforts fournis pour abolir le travail abusif des enfants dans les plantations de cacao servent d'exemple pour d'autres filières agricoles. Ainsi, par exemple, «le gouvernement de Côte d'Ivoire serait déjà prêt à négocier le problème des enfants de façon plus globale…», se réjouit Frans Röselaers.