«Finance durable», «investissement socialement responsable» ou «finance éthique», de multiples appellations permettent de désigner le mouvement des investissements qui s’engagent à respecter l’environnement et à participer à une meilleure société. Ce phénomène, en plein essor, représente près d’un tiers des avoirs gérés en Suisse, à près de 1200 milliards de francs, selon les derniers chiffres de l’association Swiss Sustainable Finance. Si la croissance est indéniable sur le plan quantitatif, il reste délicat d’évaluer de manière qualitative les différents investissements labellisés «durables». Voici quelques pistes de réflexion.

La finance durable intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d’investissement. Ces critères doivent permettre la création de valeur pour l’investisseur, pour les entreprises sélectionnées et leurs employés, pour l’environnement et la société. Il existe une multitude d’offres à vocation durable, notamment dues à l’absence de critères contraignants dans la définition de ce qu’est la finance responsable. Dans cette jungle, il n’est pas toujours facile d’identifier les gérants qui obtiennent de bons rendements tout en utilisant un processus robuste intégrant réellement les critères ESG.

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Les approches de gestion existantes

L’investisseur est-il plus sensible à ce que contient le produit ou est-il seulement séduit par l’emballage? L’examen de la stratégie d’investissement déployée est fondamental pour déterminer comment investir de manière durable. Pas moins de huit approches de gestion sont généralement répertoriées. Nous les présentons ici par ordre d’importance sur le marché. La stratégie la plus fréquente en Suisse, l’intégration de critères ESG, s’assure que les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance sont pris en compte dans le processus de gestion. Cette définition, très large, cache des réalités bien différentes.

Pour un gérant, intégrer des critères ESG peut revenir à analyser en détail chaque société de son univers d’investissement sous des angles durables, en parallèle avec l’analyse traditionnelle. Alors que pour un autre professionnel, l’intégration de critères ESG peut signifier qu’il a la notion de durabilité dans un coin de sa tête et qu’il y fait parfois recours au moment d’investir. Comme les fonds gérés par ces deux professionnels seront labellisés de la même façon, l’investisseur a intérêt à poser des questions sur l’intensité de l’intégration des critères ESG.

La deuxième stratégie, l’approche par exclusion, consiste à ne pas investir dans des entreprises dont les activités sont considérées comme contraires aux principes ESG. Un investisseur va refuser de soutenir une société active dans un secteur qu’il réprouve (jeu de hasard ou armement par exemple), qui a recours à des procédés contestables (expérimentation animale, violation grave des droits de l’homme) ou dont les valeurs ne lui correspondent simplement pas. Troisième stratégie la plus pratiquée en Suisse, l’engagement ESG repose sur un dialogue entre les investisseurs et les sociétés dans lesquelles ils s’engagent. Dans ce cadre, l’actionnaire joue un rôle actif, par exemple en tentant d’influencer le fonctionnement d’une société.

Le filtrage basé sur des normes (norms-based screening) permet d’analyser des entreprises sous l’angle de lois ou de principes universels, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cinquième stratégie: à travers le vote ESG, l’actionnaire peut également exprimer de manière concrète sa vision du fonctionnement ou de la stratégie d’une entreprise.

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Un gérant à l’approche best-in-class sélectionne une entreprise sur la base de sa performance ESG et la compare à la performance ESG de ses pairs, c’est-à-dire du même secteur ou de la même catégorie, pour ne retenir que les meilleurs élèves. L’investissement thématique en matière ESG soutient des solutions durables à la fois pour l’environnement et la société (accès à l’eau potable, énergies propres, par exemple).

L’investissement d’impact, enfin, vise à générer un impact social et environnemental positif et bénéfique, tout en assurant un rendement financier. L’an dernier en Suisse, c’est cette approche qui a obtenu la plus forte croissance (+209%) mais avec des avoirs sous gestion limités, 50 milliards de francs, contre plus de 800 milliards pour l’intégration de facteurs ESG, stratégie la plus populaire. Les approches reposant sur l’intégration de facteurs et les exclusions détiennent la majeure partie des actifs ESG.

Suivre et connaître le gérant

Comme pour les investissements traditionnels ou alternatifs, le gérant doit être un facteur clé dans la sélection d’un fonds ESG. Si le gérant de fonds est de culture anglo-saxonne, nordique ou latine, il comprendra et appliquera des critères durables selon ses propres interprétations du domaine et les valeurs inculquées par sa culture. D’autres éléments fondamentaux sont à considérer à l’heure de la sélection d’un professionnel de la gestion.

Quelle a été sa formation générale, et plus spécifiquement en matière de durabilité? S’est-il soudainement improvisé gérant durable au moment où la vague verte a commencé à prendre de l’ampleur? Depuis combien de temps gère-t-il un fonds en finance durable? Remet-il à jour régulièrement ses connaissances? Est-il le fondateur de sa société de gestion ou un simple employé? Investit-il une partie de ses avoirs au sein de son fonds et si oui à quelle hauteur? Travaille-t-il pour un groupe financier dont le développement durable figure parmi ses priorités? Là encore, l’investisseur décidé à employer ses capitaux de manière responsable aura tout intérêt à se renseigner sur les gérants qu’il envisage de sélectionner.

Facteurs, coûts et frais inhérents

Ces précautions de base éviteront de participer à du greenwashing, soit à des processus ESG non authentiques. Reste que mesurer le côté véritablement durable peut se révéler extrêmement complexe. Comment s’assurer qu’une entreprise dans laquelle on investit ne fait pas travailler des enfants ou ne pollue pas les sols? Souvent, le travail de vérification sur le terrain est confié à des sociétés spécialisées dans les questions de durabilité ou de gouvernance. Ces évaluations nécessitent des ressources spécifiques, des connaissances pointues et une infrastructure qu’un gestionnaire de fonds ne possède pas nécessairement.

Un gérant de fonds compétent en finance et en gestion n’a probablement pas fait d’études en chimie, biologie, météorologie ou gestion humaine. Cette délégation de l’évaluation et de la surveillance des entreprises génère un coût. Si l’investisseur a été longtemps prêt à payer des frais plus élevés pour accéder aux hedge funds, acceptera-t-il de payer le juste prix pour une gestion de fonds véritablement ESG?

Acquérir un fonds ESG: pour la bonne conscience ou un bon investissement?

S’engager pour un monde meilleur à travers ses placements peut ressembler à un parcours du combattant. Outre le choix du gérant de fonds, la sélection des autres professionnels de la finance est tout aussi importante, en particulier dans l’univers des fonds.