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Le premier monument en faveur des cryptomonnaies est en Slovénie.
© Jure Makovec / AFP

Vos finances

Choisir une monnaie inflationniste ou déflationniste?

Une règle est de rigueur sur les changes. C’est l’inflation et elle seule qui détermine la tendance à long terme de la monnaie. D’où la force du franc. Les cryptomonnaies seraient des «monnaies déflationnistes», donc encore plus fortes que les autres. La réalité est plus compliquée qu’il n’y paraît

Les prévisions des taux de change sont moins compliquées qu’on ne le dit à condition de ne pas se laisser prendre au jeu du court terme. En effet, à long terme, c’est l’écart d’inflation qui explique tout, ou presque, selon les experts. Est-ce pour profiter de ce constat que les milieux des cryptomonnaies définissent ces actifs virtuels comme «déflationnistes»? Leurs perspectives seraient-elles supérieures à celles des monnaies des banques centrales? Message trompeur ou réalité?

Les monnaies les plus inflationnistes perdent effectivement de leur valeur, à l’image du peso du Venezuela qui s’est totalement effondré. En effet, plus le nombre de billets augmente pour la même quantité de biens et services et plus sa valeur diminue. Même les monnaies de référence suivent cette règle. Une inflation de 2 ou 3% réduit d’autant la valeur des avoirs de son propriétaire. Le dollar a ainsi chuté de 99% en un siècle, le yen japonais de 99,9%, selon une étude d’Incrementum, à Vaduz, et de Vontobel.

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La chute du mark pendant l’hyperinflation qui a succédé à la Première Guerre mondiale est tellement restée dans les mémoires allemandes que son impact reste fort sur la Bundesbank et ses représentants à la BCE. Mais rares sont les pays européens qui ont échappé à une forte hausse des prix qui a déprimé leur monnaie. En France, un pic d’inflation de 74% a été atteint en 1946, en Espagne 102% en 1808, en Finlande 242% en 1918, en Italie 491% en 1944, sans parler de l’hyperinflation grecque de 1923.

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Aujourd’hui, les taux d’inflation sont extrêmement bas et très proches les uns des autres dans les principales régions. Il est donc difficile de distinguer les monnaies les plus inflationnistes. Ces prochains mois, «l’inflation évoluera en parallèle entre la zone euro et les Etats-Unis et ne devrait pas avoir d’impact sur les deux monnaies», estime Karsten Junius, chef économiste de la banque J. Safra Sarrasin. Dans les deux cas, la banque centrale devrait être prudente avant de progressivement resserrer les rênes du crédit. Le regain protectionniste, en réponse aux appels populistes, devrait toutefois produire des effets économiques désastreux et augmenter les prix, juge le chef économiste.

Vraiment une hausse des prix?

La hausse des prix elle-même reste incertaine. En Suisse, la BNS a révisé à la baisse ses attentes d’inflation pour 2018 à 0,6%, contre 0,7% auparavant, et pour 2019 à 0,9%, contre 1,1%. L’écart avec la zone euro est bien modeste. La BCE vient de réviser également à la baisse ses prévisions d’inflation (1,4% pour 2019).

La BNS devrait attendre le milieu de l’année prochaine avant de relever ses taux d’intérêt, estime Thomas Stucki, ancien de la BNS et directeur des investissements de la Banque Cantonale de Saint-Gall (SGKB). «Les attentes augmentent plus vite aux Etats-Unis, mais il n’y a aucune raison pour la Fed de devenir nerveuse», ajoute-t-il. L’euro devrait rester stable à trois mois et baisser de 4 à 5% d’ici à 12 mois, avance Thomas Stucki.

La capacité à prévoir l’évolution des taux de change à partir de l’inflation n’est toutefois plus guère possible. Les mesures d’assouplissement monétaire (QE) et leur cortège de décisions peu orthodoxes sont uniques dans l’histoire monétaire. Personne ne peut en évaluer les conséquences.

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Les spécialistes des cryptomonnaies profitent d’ailleurs de cette incertitude et qualifient les monnaies des banques centrales, dites «fiat currencies», comme des monnaies «inflationnistes» et les cryptomonnaies dont le nombre est limité comme des monnaies «déflationnistes». Effectivement l’offre de bitcoins est limitée à 21 millions. Le dernier d’entre eux sera émis en 2140.

Le monde des cryptomonnaies n’est pourtant pas beaucoup plus simple que celui des monnaies des banques centrales. Il faut être un expert pour comprendre les caractéristiques des quelque 500 cryptomonnaies. Car si la nature du bitcoin, ses avantages et défauts sont connus, et si son nombre est limité, tel n’est pas le cas des nombreuses autres. «Comme le bitcoin est reconnu pour son nombre limité, il entre parfaitement dans la catégorie «déflationniste», confirme Arnaud Masset, analyste auprès de Swissquote.

Plusieurs générations de cryptomonnaies

Le bitcoin appartient toutefois à la première génération de cryptomonnaies. Son système de validation est mathématique (preuve de travail). L’ether, qui est la deuxième plus importante cryptomonnaie en termes de capitalisation, appartient à une deuxième génération. Mais il existe déjà une troisième génération d’actifs virtuels, à l’image du neo, l'«ether chinois». Certains analystes estiment qu’il est soutenu par le gouvernement chinois pour renforcer sa présence dans la technologie blockchain.

Les cryptomonnaies qui ont été établies pour d’autres objectifs que les paiements et qui ouvrent de nouvelles perspectives en termes technologiques pourraient avoir un bel avenir

Arnaud Masset, analyste auprès de Swissquote

Les cryptomonnaies dont l’offre est limitée ont peut-être un avantage sous l’angle de l’inflation. Mais la chute des derniers mois (–60% pour le bitcoin) a jeté un froid. Elle traduit aussi bien l’opposition des milieux des banques centrales et des grandes banques, confirmée par des restrictions réglementaires dans de nombreux pays, qu’un doute fondamental sur leur promesse initiale. L’objectif d’en faire des moyens de paiement reconnus par les autorités est en train de s’envoler. «Le bitcoin n’a pas de valeur parce qu’il ne permet pas de payer les impôts et n’a pas d’utilisation physique», selon des critiques citées par l’étude d’Incrementum.

«Les cryptomonnaies qui ont été établies pour d’autres objectifs que les paiements et qui ouvrent de nouvelles perspectives en termes technologiques pourraient avoir un bel avenir», affirme Arnaud Masseret. C’est tout l’intérêt des recherches sur la blockchain. On comprend pourquoi l’étude d’Incrementum conclut que les «générations futures pourraient employer une combinaison de cryptomonnaies, de matières premières, de monnaies de banques centrales en fonction des moyens servant au mieux leurs objectifs».

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