Tout n’est qu’apparence, non? Trop complexe pour être appréhendée d’un regard, la réalité ne peut que se vêtir d’apparences. C’est dans la lecture que se cachent les illusions et les simplifications fallacieuses. Notre cerveau a besoin de catégorisations et de stéréotypes. Il serait trop coûteux d’ouvrir chaque matin les yeux sur un monde vierge, exempt de toute connaissance préalable. Nous nous épuiserions à trier sans fin l’information innombrable que nous offre la réalité.
D’un autre côté, lorsque notre cerveau fait son travail de catégorisation, il nous conduit à une caricature de monde, où l’informaticien est celui qui porte un pull jacquard et parle klingon, où la secrétaire est une pipelette, où les RH sont des utopistes improductifs, tandis que les managers n’ont pas d’âme.
Ces stéréotypes sont à la fois préjudiciables et utiles. Préjudiciables, car ils peuvent contraindre les personnes dans des comportements ou des jugements qui les réduisent. Utiles, car les sociétés ont besoin de stabilité et les individus ont besoin d’appartenance. Notre soif de comparaison sociale nous conduit à aimer penser que les managers sont froids et autoritaires, les RH sont improductifs, les seniors sont rigides et les blondes sont sottes.
Pourtant, bien fol qui se fie aux apparences. Il nous faut cependant vivre avec notre cerveau et celui-ci n’est pas conçu pour être déprogrammé. Peut-on rendre les stéréotypes inopérants? Pour cela, il est nécessaire d’en comprendre le mécanisme. La recherche d’une dynamique commune oblige en effet à réintégrer la part de complexité que le stéréotype cherche justement à évacuer. Faut-il sauver les apparences ou les assassiner?

Patrick Scharnitzky (2015). Les stéréotypes en entreprise. Les comprendre pour mieux les apprivoiser. Paris : Eyrolles, 238 pages.
Les stéréotypes constituent un pavé cossu du champ d’étude de la psychologie sociale. La littérature concernant les stéréotypes de genre et liés aux minorités est trapue. Cet ouvrage offre une agréable vulgarisation et donne une orientation appliquée à la recherche existante sur ce thème, dans le cadre spécifique de l’entreprise. Les pièges de la discrimination y sont désamorcés, grâce à une meilleure connaissance des mécanismes fondamentaux du cerveau humain.

Joshua Weltman (2015). Savoir séduire. Les secrets des meilleurs publicitaires pour obtenir ce que vous voulez. Paris : Michel Lafon, 180 pages.
Ceux qui ont admiré la désinvolture des Mad Men dans leur usage facile des ficelles les plus retorses de la publicité aimeront cet ouvrage. Là où les profanes ne voient qu’apparences, les connaisseurs ne voient-ils pas l’astuce ? Réveiller les désirs profonds des gens par d’habiles jeux de miroir, les convaincre qu’ils sont des lions lorsqu’ils ne sont que des souris, faire comme si ce que l’on appelait autrefois publicité serait aujourd’hui la vie. Jouer sur les apparences… mais ne suffisent-elles pas parfois à faire un monde ?

Valérie Gauthier (2014). Le savoir-relier. Vers un leadership intuitif et relationnel. Paris : Eyrolles, 275 pages.
L’enjeu de cet ouvrage est de réintroduire la complexité dans les relations. Plutôt que de catégoriser, il s’agit de relier les personnes, dans l’idée de développer une dynamique, basée sur une connaissance intuitive que sur de la rationalisation. Si les sens abusent la raison par de trompeuses apparences, n’est-il pas judicieux de se fier moins à la raison ? Derrière les apparences, qu’y a-t-il d’autre que la vie. 

*Professeure à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud