Cela faisait six mois que le taux de chômage n'avait pas augmenté en Suisse. Selon les chiffres publiés mardi par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), il s'est inscrit à 1,7% en juillet, soit 60166 personnes. Cela représente 990 personnes de plus qu'à la fin juin, époque à laquelle ce même taux affichait 1,6%. Contrairement à ce qui se passe en Allemagne où le ralentissement économique se traduit directement par une progression constante du nombre de chômeurs (lire Le Temps du 8 août 2001), cette hausse de 0,1% du chômage ne semble pas indiquer une détérioration claire du marché du travail en Suisse.

En juillet, le chômage a augmenté dans tous les cantons romands, à l'exception du Valais (–0,2% à 1,6%) et de Vaud (stable à 2,6%). Il a grimpé de 0,2% à Neuchâtel (2%) et dans le Jura (2,1%), et de 0,1% à Fribourg (1,4%) et à Genève (4,1%), ce dernier faisant toujours office de lanterne rouge en Suisse.

Cependant, selon Jean-Luc Nordmann, chef de la division travail au Seco, cette augmentation du taux de chômage, toujours au plus bas depuis neuf ans et demi, n'est pas révélatrice d'un retournement de tendance résultant de l'affaiblissement économique. Le Seco indique que des facteurs saisonniers ont légèrement influencé à la hausse le nombre de chômeurs, comme l'arrivée de nouveaux diplômés sur le marché du travail en juillet. De plus, Jean-Luc Nordmann souligne que «bien que la conjoncture mondiale s'affaiblit, la Suisse devrait encore afficher une croissance robuste cette année, de presque 2%».

D'ailleurs, le nombre total des demandeurs d'emploi (qui comprend les personnes en formation et en emploi temporaire) a reculé à 100 534 personnes, soit 278 de moins qu'à la fin juin. Et le nombre de places vacantes a aussi diminué de 1547 unités à 12 064. Entre le deuxième trimestre 2000 et le deuxième trimestre 2001, 60 000 emploi ont été créés.

Du côté de l'Union Syndicale Suisse (USS), on accueille sereinement les derniers chiffres du chômage. «L'économie domestique demeure robuste et se porte mieux que celle des pays alentours», observe Pietro Cavadini, porte-parole de l'organisation. «On ne peut pas dire qu'il y a un affaiblissement de l'économie», indique-t-il. Il observe pourtant que certains secteurs sont plus fragiles que d'autres, «comme le domaine de l'électronique, de l'informatique, d'Internet et des industries d'exportations».

Pour Michel Auch, économiste auprès de Ferrier Lullin & Cie, bien que le taux de chômage soit encore relativement bas en comparaison internationale, le marché du travail pourrait bien se tendre ces prochains mois: «Les responsables des entreprises suisses, surtout celles qui sont tournées vers l'exportation, ont un œil sur ce qui se passe à l'étranger. Dans les pays européens, particulièrement en Allemagne, le ralentissement est explicite. Par conséquent, ces derniers risquent de différer un certain nombre d'engagements, patientant ainsi pour savoir si la Suisse ou leurs affaires vont être touchées par l'affaiblissement de la croissance.»

Les annonces de suppressions d'emplois faites récemment par certaines entreprises comme ABB (12 000 dans le monde), Roche (3000 jusqu'en 2004) ou Schweiter Technologies (un tiers des effectifs dans le domaine des semi-conducteurs) ne semblent donc pas, en tout cas dans l'immédiat, constituer le début d'un phénomène plus généralisé.