Les deux événements ne pouvaient pas mieux coïncider: l'office fédéral du travail allemand annonçait hier une augmentation du chômage pour le mois de juin alors que le même jour, les partenaires sociaux se réunissaient autour du Chancelier Gerhard Schröder pour parler du «Pacte pour l'emploi».

En chiffres corrigés, le nombre de sans-emploi a augmenté de 15 000, ce qui porte à 4,123 millions le nombre total de chômeurs. Bernhard Jagoda, président de l'office fédéral du travail, a expliqué qu'il fallait par ailleurs s'attendre à une poursuite de la hausse au mois de juillet. Les chiffres allemands sont toujours aussi mauvais alors que la France voit son chômage baisser. Même le «Pacte pour l'emploi», dont la troisième réunion a duré jusque tard hier soir, n'y a rien fait.

Il est vrai que les premières rondes n'ont pas été ébouriffantes. «Après un départ prometteur, les résultats obtenus entretemps sont plutôt insatisfaisants», expliquait avant la rencontre d'hier Dieter Hundt, directeur de l'association des syndicats patronaux allemands (BDA). Le seul sujet sur lequel les partenaires sociaux semblaient pouvoir se mettre d'accord mardi soir était un projet de temps partiel pour les personnes en fin de carrière. Les employés pourront ainsi réduire leur temps de travail dès l'âge de 55 ans pour laisser la place à un jeune en formation.

En principe, le revenu de l'employé atteindra 70% de son dernier salaire alors qu'il travaillera à moins de 50%. L'office de l'emploi allouera une aide aux entreprises qui engageront parallèlement une personne en formation.

Modèle hollandais

Sur les autres sujets, les accords semblent plus difficiles. Le patronat réclame ainsi depuis le début des réunions d'inclure dans cette ronde une discussion sur les salaires, à laquelle les syndicats sont pourtant opposés. Le modèle hollandais pris comme exemple pour ce pacte a en effet également inclus la question salariale. Les syndicats ne veulent pourtant pas laisser l'Etat pénétrer ce terrain sacré. En Allemagne, les contrats collectifs perdent cependant en importance. «De plus en plus d'entreprises quittent les associations patronales et les syndicats voient pour leur part des membres s'en aller», explique Stefan Bergheim, économiste chez Merill Lynch à Francfort. «Par la petite porte, les conventions salariales sont ainsi remises en question».

Les syndicats ne sont plus totalement opposés à discuter des salaires dans le cadre de ce «Pacte pour l'emploi», mais ils ne veulent pas y accepter un dispositif trop contraignant. Ils mettent en avant la formation des jeunes et le partage du travail. Ils souhaitent introduire la retraite à 60 ans au moyen d'un fonds financé par une partie des augmentations salariales. «La retraite à 60 ans ne sera pas introduite», riposte pourtant le président des syndicats patronaux (BDA).

Concernant la demande des syndicats de réduire le nombre d'heures supplémentaires, il explique «qu'il n'y aura pas de limite généralisée». «Une telle mesure entraînerait une suppression d'emplois car cette question se pose principalement dans les secteurs où il y a un manque de personnes qualifiées», explique Dieter Hundt.

Le patronat veut pour sa part mettre en avant la question de la fiscalité. Pour Dieter Hundt, «il n'est pas acceptable que le gouvernement veuille repousser (à 2001) l'introduction de la réforme fiscale». Celle-ci devrait soulager les entreprises allemandes de près de 8 milliards de marks annuellement. De plus, ce projet n'est pas suffisant, estime-t-il, pour créer de nouveaux emplois en Allemagne.

Lors de la présentation des chiffres du chômage de juin, le président de l'office fédéral, Bernhard Jagoda, a estimé que les premiers signes de reprise économique n'avaient pas encore d'impact significatif sur le marché du travail. Il s'attend à une nouvelle augmentation en juillet. «Si nous tenons compte de la tendance statistique qui a toujours existé en juillet par rapport à juin, nous aurons une légère progression du chômage».

Sur l'ensemble de l'année, Thomas Hück, économiste à l'HypoVereinsbank de Munich, «le nombre de sans-emploi devrait baisser d'ici la fin de l'année. Premièrement, nous attendons de nouvelles mesures d'incitation à l'emploi. Deuxièmement, même si les chiffres du chômage sont un indicateur différé, il y a des signes de reprise économique, ce qui devrait soulager rapidement le marché du travail».