La situation de l’emploi est-elle aussi favorable que ne le dit le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco)? A l'évidence, elle est moins rose qu'on ne le dit. Pour Michael Siegenthaler, économiste à l’institut conjoncturel KOF, le chômage de longue durée a grimpé à un niveau record sans que le public en soit conscient, écrit la Schweiz am Sonntag. Le nombre de personnes à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an s’élève à 90 000, soit 80% de plus qu’au début de la crise financière, en 2008.

Le taux de chômage officiel est de 3,2% mais «de nombreux chômeurs n’y figurent pas», déclare Michael Siegenthaler. Seules les personnes qui s’annoncent à un office régional de travail (ORP) sont comptabilisées par les autorités. «Mais beaucoup ne s’annoncent plus parce qu’elles n’ont plus droit à une prestation», selon l’économiste. Il manque donc 40 000 personnes aux chiffres officiels. Ces derniers laisseraient supposer que le niveau actuel du chômage de longue durée n’est pas plus élevé qu’en 2002, selon le journal dominical. Mieux vaut reprendre les statistiques de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), suggère-t-il. Ainsi, le taux de chômage suisse ne serait pas de 3,2% mais de 4,5%.

Les décisions politiques sont prises sur la base de chiffres du chômage qui embellissent la situation, critique Patrik Müller, rédacteur en chef de la Schweiz am Sonntag. Or les syndicats demandent des salaires supérieurs pour ceux qui ont déjà un emploi et le gouvernement se trouve dans une meilleure position avec des statistiques indiquant un bas taux de chômage. Ce dernier atteint 8% pour les étrangers résidant en Suisse, ajoute le journal.

8415 ex-directeurs et hauts fonctionnaires au chômage

Rudolf Strahm, l’ancien surveillant des prix, affirme que «le chômage de longue durée ne touche plus seulement les personnes peu qualifiées». De plus en plus de directeurs, techniciens et cadres appartiennent à cette catégorie. En septembre, 8415 ex-directeurs et haut fonctionnaires sont sans emplois. L’économiste estime que la politique de préférence indigène «light» ne suffit pas. Le Conseil fédéral veut instituer un devoir d’annonce, mais pour l’économiste les employeurs devraient justifier leurs choix.

Le modèle de préférence indigène «light» (Modèle dit Fluri) coûte 400 millions par an, selon le journal. Le devoir d’annonce auprès d’un ORP coûte en effet 400 francs par cas. Les autres frais administratifs, comme le contrôle, ne sont pas inclus.

Thomas Miner, directeur de Trybol, est d’avis que ce système est trop onéreux et n’atteindra pas son but. Il faudrait, à son goût, que les branches qui présentent un taux de chômage de moins de 2% puissent engager librement des étrangers, alors que celles qui seraient au-dessus de cette limite devraient ouvrir les places vacantes à des résidants.

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