La crise économique qui résulte des mesures de restriction liées à la pandémie frappe très inégalement. Des études ont déjà démontré que le chômage frappait davantage la main-d’œuvre peu qualifiée, les bas revenus, les jeunes, les femmes et les minorités ethniques. Les caractéristiques socioéconomiques renforcent les inégalités au sein de la société. Plus la durée de la récession se prolonge et plus les écarts s’aggravent, selon les économistes.

Pour la première fois, une étude porte sur l’emploi des immigrés extra-européens en Europe. Publiée cette semaine par le Centre for Economic Policy Research, elle s’inscrit dans la série de travaux du «CEPR Covid Economics» éditée par Charles Wyplosz, professeur honoraire auprès du Graduate Institute de Genève.

Les quatre risques de chômage

Sous le titre de «Being on the Frontline? Immigrant Workers in Europe and the Covid-19 Pandemic», Francesco Fasani, chercheur à la Queen Myra University de Londres, et Jacopo Mazza du European Commission Joint Research Centre, utilisent quatre critères clés pour estimer les risques de chômage durant le covid.

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Les travailleurs immigrés, qui représentent 15,8% de l’emploi dans l’UE des 15, soit l’UE d’avant l’élargissement de 2004, sont rendus vulnérables pour de nombreuses raisons. Ils sont par exemple davantage que la moyenne susceptibles d’avoir un emploi dans l’économie informelle, ou un contrat à durée déterminée. De plus, on les trouve plus souvent actifs dans les branches les moins bien rémunérées. Leurs épargnes sont généralement modestes dans le contexte d’une crise qui se prolonge. Enfin, leur statut limite aussi leur accès aux prestations sociales. Ces vulnérabilités ne sont qu’en partie compensées par une mobilité généralement supérieure à la moyenne, selon Fasani et Mazza.

Les auteurs évaluent le risque de chômage des immigrés extra-européens selon plusieurs dimensions. Le premier critère est celui d’un emploi dans les branches qualifiées d’essentielles par les autorités. Les immigrés représentent 20% de l’emploi dans les activités dites essentielles. Le deuxième porte sur la durée des contrats de travail. Le troisième considère la capacité d’adaptation au télétravail, laquelle a été identifiée comme le meilleur indicateur de risque de chômage durant la pandémie. Le quatrième prend en compte les risques de perdre son emploi en fonction des différentes branches d’activité. 

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Les deux économistes accordent ensuite une note de vulnérabilité aux immigrés allant de très haut risque à bas risque. Le très haut risque concerne les travailleurs vulnérables selon les quatre critères.

Différences selon les pays

La part d’immigrés à haut risque diffère d’un pays à l’autre. Elle dépasse 40% en Allemagne et se limite à 20% au Luxembourg, en fonction des structures industrielles et de la durée des contrats.

Au total 1,3 million d’immigrés sont à haut risque. Ils courent un risque de chômage très élevé durant la crise du Covid-19. Leur risque de chômage est de 5,3 points de pour-cent supérieur à celui des autres Européens. Le nombre de personnes menacées grimpe à 9 millions si les auteurs intègrent les personnes classées «à haut risque de chômage». L’étude ajoute que les femmes courent un risque de 2,6 points de pour-cent supérieur aux hommes ayant des caractéristiques comparables (selon les 4 dimensions citées).