Des employés de Swissport sont réunis, ce jeudi, devant l’aéroport et, malgré les masques, leur colère est palpable. Ils évoquent l’histoire, et notamment les précédentes mobilisations, en 2010 et en 2015, qui avaient débouché sur des accords avec leur direction et des conventions collectives de travail. Près de 200 personnes réclament une nouvelle CCT et combattent un nouveau lot de mesures imposées par leur employeur.

Lire aussi notre éditorial:  Étrange suspens à l’aéroport de Genève

Les attaques contre les travailleurs ont atteint «un degré jamais vu», selon Jamshid Pouranpir, un syndicaliste. De nouveaux contrats réduisent, quelquefois de 1200 francs, la paie de certains salariés. Ils prévoient des vacances plus courtes et des semaines de travail plus longues. Des employés, qui ont jusqu’au 28 janvier pour les signer, disent ne pas les accepter. La crise justifie les mesures, rétorque la direction.

«Protéger les travailleurs et les entreprises»

La pandémie cloue au sol les avions, seuls 18 vols de ligne sont enregistrés ce 14 janvier contre environ 200 le même jour un an plus tôt. Seules les RHT semblent pour l’instant pouvoir atténuer ses effets aux abords du tarmac. La plupart des manifestants sont au chômage partiel et ne travaillent plus, faute d’avions.

«Il y va de la survie de Swissport à Genève», indique Antoine Gervais, son patron. «C’est difficile, mais on ne va pas résoudre cette crise en exprimant des demandes qui ne tiennent pas compte de la situation», renchérit André Schneider, directeur général de Genève Aéroport. «On doit protéger les travailleurs mais aussi les entreprises.»

Lire également: Antoine Gervais, directeur de Swissport:  «Nous agissons pour maintenir les emplois»

En 2020, l’aéroport a accueilli 5,6 millions de passagers contre 17,9 millions en 2019 (-68,8%). Trois millions de passagers y ont transité en janvier et février et 2,5 millions pour le reste de l’année. Kloten enregistre de son côté une chute de 73,5% (de 31,5 millions à 8,3 millions). A Bâle-Mulhouse, la baisse est similaire.

«Ces chiffres m’inspirent de la tristesse car j’aime bien l’aéroport et les gens de l’aéroport», indique Jean-Claude Cailliez, l’administrateur du site Pionnair-GE. L’historien évoque la Deuxième Guerre mondiale quand Cointrin a été fermé pendant quatre ans, l’hiver 1951 lorsque, à cause du brouillard, les aéronefs ont été détournés treize jours durant à Sion, ou encore l’impact du volcan Eyjafjallajökull en 2010. «L’aéroport devait fêter son centenaire en 2020, le covid a pourri l’aspect culturel de son histoire.»

Horaires symboliques

Aucun secteur de l’aéroport, une plateforme sur laquelle travaillent 11 000 personnes, n’est épargné. Les salaires sont un peu partout revus à la baisse, mais les licenciements sont rares. «Nous avons encore été payés à 100% jusqu’en juin, puis nous sommes passés au chômage partiel. Aujourd’hui, je touche 2700 francs net par mois», indique une salariée d’ISS, une société spécialisée dans le nettoyage des avions. «Nous faisons de très petits horaires. Parfois nous venons deux fois par semaine, pour nettoyer un avion une heure par-ci, une demi-heure par-là.»

«En novembre, mon salaire a baissé de 13%», indique Sandrine Nikolic-Fuss, une employée de Swiss qui préside le syndicat du personnel de cabine Kapers. Des mesures garantissent aux employés de Swiss, qui gagnent 4000 francs ou moins (70% du personnel de cabine de la base de Genève), de percevoir l’intégralité de leur paie jusqu’en mars. Ces salaires seront par la suite progressivement réduits. En combinant gel des embauches, temps partiels et départs à la retraite, Swiss veut supprimer 1000 postes dans les deux prochaines années à Genève et à Zurich.

Lire encore:  Cointrin renoue avec les chiffres de 1945

Les RHT arrivent en général à échéance cet été. Les entreprises devront alors soumettre de nouvelles demandes. La fin de cette aide pourrait signifier l’arrivée de licenciements. «Nous avons reçu des lettres nous conseillant de chercher du travail ailleurs», souligne l’employée d’ISS. «Compte tenu de la durée de cette crise, nous ne pouvons plus exclure de procéder à des licenciements», déclare la direction d’ISS.

A Genève, Air France-KLM a procédé à une quarantaine de licenciements cette année, une vingtaine de départs volontaires ont eu lieu chez EasyJet et Gate Gourmet aurait supprimé une soixantaine de postes, selon nos informations. Chez Skyguide, où la moitié du personnel est en chômage partiel, aucun licenciement n’est à déplorer.

Départs naturels

L’aéroport, qui prévoit une perte de 130 millions de francs en 2020, n’a procédé à aucun licenciement cette année, en grande partie grâce aux RHT et aux départs non remplacés. Son effectif est passé de 1140 employés début 2020 à 1073 personnes. Les salaires aussi ont été revus à la baisse. «Nous pouvons tenir sans mesures supplémentaires pour le personnel jusqu’à cet été, si la situation ne change pas drastiquement», estime André Schneider.

Le directeur dit avoir affronté plusieurs «mauvaises surprises» depuis la reprise qui se dessinait en juillet, avec les restrictions de voyage dans les pays voisins à la rentrée, la deuxième vague et une variante du virus qui a stoppé les vols avec le Royaume-Uni en décembre.

«On s’attend à une reprise du trafic cet été, notamment grâce au vaccin. Nous prévoyons qu’en 2024 on renouera avec le nombre de passagers de 2019, indique-t-il en soulignant qu’il n’a «pas de boule de cristal». La branche émet les mêmes pronostics. Selon le négociant en pétrole Vitol, cité par Bloomberg, la demande en carburant de l’aviation ne va pas se redresser avant le troisième trimestre. En Chine, en revanche, le trafic domestique a presque déjà retrouvé son niveau d’avant la crise.