La dégradation en cours sur le marché du travail en Suisse, sur fond de récession économique, connaît une accalmie. Le nombre de chômeurs a reculé de 1581 en mai par rapport à avril à 135 128. Le taux de chômage diminue de 0,1 point à 3,4% de la population active.

Cette contraction, plutôt inattendue au regard du climat ambiant, ne doit pas masquer le fait que le nombre des chômeurs a bondi de 42%, soit près de 40 000 personnes, en l’espace d’un an, selon les chiffres publiés lundi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). Elle intervient après onze mois de hausse consécutive.

L’explication de ce qui s’apparente à une pause, la ministre de l’économie Doris Leuthard tablant sur une ascension du nombre de chômeurs à plus de 200 000 l’an prochain, s’explique par un facteur purement saisonnier. Après un hiver difficile, les activités de construction sont à nouveau demandeuses de main d’oeuvre.

Le nombre de chômeurs dans ce secteur a diminué de quelque 1300 en un mois, constate Serge Gaillard, chef de la Division marché du travail, contacté par l’ATS. Hors effet saisonnier, l’effectif total présente une augmentation de 4200 sans-emploi. Ce qui demeure inférieur à la poussée survenue ces derniers mois, note-t-il.

A 3,4% en mai, le taux de chômage revient à son niveau de février 2006. Le chômage des jeunes, soit les 15-24 ans, a de même baissé, de 4,2% à 21 337 personnes, pour un bond toutefois de 53,1% en un an. L’effectif des places vacantes annoncées auprès des Offices régionaux de placement (ORP) a diminué de 658 à 11 739.

L’ensemble des demandeurs d’emploi a pour sa part reculé dans une ampleur plus marquée, avec une baisse de 2210 personnes à 192 516, précise le SECO. Il représente outre les chômeurs, les personnes se trouvant en situation de gains intermédiaires ou au bénéfice de mesures de formation continue.

Neuchâtel souffre

Dans le détail, le canton de Neuchâtel, dont l’économie est fortement exportatrice (horlogerie et machines notamment), subit de plein fouet les effets de la récession. Son taux de chômage s’est accru de 0,5 point en mai par rapport à avril pour grimper à 5,5%, très en contraste au regard de l’évolution nationale.

Neuchâtel consolide sa deuxième place derrière Genève (taux stable à 6,6%) au classement des cantons les plus touchés. Les autres cantons romands ont vu leur taux de chômage baisser, sauf le Jura (+0,1 point à 4,8%), avec -0,1 point à 4,8% pour Vaud, -0,3 à 3,5% pour le Valais, -0,1 à 2,9% pour Fribourg et -0,2 à 2,4% pour Berne.

Le recours aux réductions de l’horaire de travail continue de son côté à s’étendre. Le phénomène, communément appelé chômage partiel, affectait fin mars (chiffres définitifs les plus récents) 2206 entreprises, en hausse de 46,6% par rapport à février, touchant 41 022 personnes (+40,4%). Deuxième semestre périlleux

Le nombre des heures de travail perdues a bondi dans les mêmes proportions (+50,3%) pour s’inscrire à plus de 2,6 millions, selon le SECO. En mars 2008, au moment où la crise économique pointait à l’horizon, seules 99 entreprises et 760 personnes bénéficiaient de la mesure.

Et les prochains mois s’annoncent périlleux. Après l’industrie d’exportation, ce sont les activités indigènes (commerce de détail et hôtellerie-restauration) qui souffriront à leur tour au deuxième semestre, avance Serge Gaillard, qui relève au passage la stabilité du nombre des places d’apprentissage cette année.

A plus court terme, la tournure des événements décidera de l’opportunité ou non pour le Conseil fédéral de lancer un troisième plan de relance. La publication la semaine prochaine des dernières prévisions conjoncturelles du SECO devrait apporter une réponse à la question.