En vingt ans, les mentalités n'ont pas changé et l'augmentation du chômage ne fait qu'accentuer les carences de la loi, assure Jean-Luc Plattet, auteur d'un ouvrage intitulé "L'Assurance chômage au quotidien et ses aides à l'emploi". Comparable à un "enfant impossible à maîtriser", l'actuelle loi fédérale sur l'assurance chômage est à ses yeux complexe et inadéquate. A travers de nombreux témoignages et enquêtes, il en dégage les effet pervers, glanés durant quatorze ans de pratique au sein d'un office public d'assurance chômage, puis comme consultant privé. Jean-Luc Plattet y propose également une revue détaillée des ressources - notamment les aides fédérales à l'emploi- que tout chômeur se doit de connaître. Il y trace enfin les principales questions relatives à l'avenir des assurances sociales de la Suisse. Il nous dit sans ménagement ce qu'il pense du système actuel. Entretien.

Le Temps: Quel est, selon vous, le principal écueil auquel se heurte un chômeur lorsqu'il franchit le seuil de la "maison du chômage", terme que vous utilisez pour décrire l'univers de l'assurance chômage?

Jean-Luc Plattet: Sans conteste là notion de "travail convenable" sur laquelle repose - entre autres la loi et qui prescrit que tout demandeur d'emploi doit accepter un travail à condition que celui-ci ne nuise pas à sa santé. Cela en dépit de ses aspirations professionnelles dont on ne tient pas compte en réalité. Par ailleurs, les offices sont sous stress et doivent répondre à certaines exigences, telles que le nombre quotidien d'entretiens, imposées par l'Ofiamt. En fait, il s'agit de placer le plus grand nombre de candidats, pour faire baisser les statistiques. L'effet est pernicieux, car personne n'y trouve son compte. L'économie réalisée par l'Etat est illusoire, puisqu'elle est réalisée au détriment de la qualité de l'emploi.

- Vous jugez la loi sur l'assurance chômage inadéquate. Pour quelles raisons?

- Dans son esprit d'abord. Celui de la loi de 1984, que le législateur voulait moderne, reposait sur la prévention du chômage. Puis, lors de sa révision en 1995, alors que l'assurance chômage était fortement endettée, il fallait répondre, dans l'urgence, aux exigences politiques et sociales. On a donc substitué le terme de prévention pour y introduire l'idée de mesures actives sur le marché du travail. Or que constate-t-on? Que la prévention n'a pas eu de prise sur la montée du chômage et l'on attend encore les résultats, sur le terrain, du cortège des mesures actives. Quant aux économies réalisées, autre objectif de la loi, on devrait davantage parler d'une succession de colmatages. Un exemple: la loi de 1984 fixait le taux d'indemnisation à 80% pour les personnes ayant une famille à charge et à 70% pour les personnes seules. Puis quelques années plus tard, on décide de mettre tout le monde à 80%, espérant ainsi réaliser des économies. Aujourd'hui, nous sommes revenus à un régime dissocié. C'est incohérent. En fait, la loi porte en elle l'impuissance d'une société à gérer le problème du chômage. On n'admet pas en Suisse qu'il puisse exister.

- Dans votre livre, vous écrivez que l'autoritarisme et la suspicion caractérisent le cadre légal de l'actuelle assurance chômage. Le chômeur d'aujourd'hui est donc encore suspect, comme aux temps des ateliers de charité du siècle dernier auxquels vous faites référence?

- Oui. La société tient à voir les gens prêts à travailler et à se taire et le chômeur est présumé paresseux. Cela me choque.

- Vous parlez toutefois des "bons chômeurs". Qui sont-ils?

- Du point de vue administratif, un bon chômeur suit le droit-fil du législateur pour obtenir ses indemnités. I1 fait des recherches qui n'aboutissent pas, suit un cours qu'on lui a assigné. I1 est ponctuel aux rendez-vous d'entretiens. En somme il ne pose pas de problème juridique. Au bout de deux ans, c'est un autre système, le RMCAS (ndlr: Revenu minimum cantonal d'aide sociale) qui prend le relais. En revanche, le cadre légal ne favorise pas les initiatives personnelles d'un chômeur.

L'Assurance chômage au quotidien et ses aides à l'emploi, Editions Assurance chômage conseil, Fribourg, 1998, 227 pages.

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