PENURIE

Christian Gallimard: un éditeur en quête de ressources humaines

Le patron de Calligram affirme avoir du mal à trouver du personnel suffisamment pointu pour la réalisation de ses ouvrages. Certains projets de la maison d'édition romande s'en trouvent bloqués.

Calligram est probablement l'une des entreprises suisses dont on parle le plus dans les cours de récréation. De petits ouvrages encyclopédiques sur les sciences, la nature, l'histoire, et surtout plusieurs séries de littérature enfantine, comme «Max et Lili» ou «Oscar», ont fait le succès de cette maison d'édition pour enfants installée à Coppet. Christian Gallimard, patron de cette petite société, refuse de révéler son chiffre d'affaires mais affirme que celui-ci augmente annuellement de 25%. Après sept ans d'existence, Calligram publie 30 à 50 titres et un ou deux CD-Rom chaque année. Un site Internet devrait bientôt voir le jour, et un dessin animé de «Max et Lili» est en préparation, mais le projet a pris du retard. «Nous manquons de personnel», affirme Christian Gallimard.

– Le Temps: Combien d'employés avez-vous?

– Christian Gallimard: En plus de ma femme et moi, trois personnes travaillent à temps plein à Coppet et trois autres à Paris. D'autres professionnels sont également recrutés pour des missions précises, qu'ils effectuent en télétravail, suivant le type de nos besoins. En Europe, le meilleur vivier de professionnels pour les nouvelles technologies de la communication, actuellement, c'est Londres. Mais il est plus simple pour moi d'avoir un pied à Paris.

– Et vous manquez de personnel compétent?

– Actuellement, toutes nos coéditions sont bloquées à cause de cela. Dans notre société, il n'y a plus de barrière entre l'activité d'édition et la création d'outils multimédia et de sites Internet. Je suis autant un producteur audiovisuel qu'un éditeur. Nos livres sont conçus grâce à ces nouvelles technologies multimédias. Pour certaines collections, je ne peux pas travailler avec un seul illustrateur par livre. J'ai besoin d'un ensemble d'infographistes chargés de traiter les différentes composantes d'une image, un peu comme dans un dessin animé. C'est pourquoi nous faisons appel à des intervenants extérieurs. Je fais ainsi travailler des gens à Lyon, à Lille, Dijon ou Paris. Il m'arrive également de recruter des gens à Londres et je suis en discussion pour collaborer avec un studio italien, des Canadiens et des Coréens. Ce n'est pas un problème suisse. Il y a, partout dans le monde, une pénurie de main d'œuvre en ce qui concerne les technologies de la communication. Ce n'est pas non plus un problème de Nouvelle Economie. Nous sommes en train de passer de l'ère industrielle à l'ère informatique et, pour l'instant, les gens formés sont rares.

– Pourquoi?

– En France, seules quelques écoles semi-privées forment des créateurs d'images de synthèse. En Suisse, nous manquons de centres de formation continue et nous avons une définition trop stricte, trop horlogère des métiers. J'ai par exemple des problèmes pour trouver un comptable. Actuellement, je fais traiter mon informatique à Bruxelles. J'ai acheté un gros logiciel pour refondre ma gestion comptable. Mais ici, personne ne sait s'en servir. J'ai discuté avec les principales agences de recrutement à Genève. J'ai besoin de quelqu'un qui ait des connaissances en comptabilité mais aussi en informatique, et je n'ai pas trouvé.

– Il faut créer de nouveaux métiers?

– Il faut désormais que chaque personne ait une polyvalence de métiers. Les écoles en Europe ne préparent pas à cela. Mais certains problèmes sont difficilement contournables. Le matériel informatique utilisé dans les écoles est en retard sur ce qui existe. Personnellement, je change de logiciels tous les ans et de système informatique tous les deux ans. Même si une école pouvait le faire, cela obligerait les professeurs à passer 30% de leur temps à se former. En fait, les étudiants ont plus de temps qu'eux. Il faut donc compter sur l'émergence d'autodidactes encadrés. Dans dix ans, cela ira mieux.

– Il n'y a donc pas vraiment de solutions…

– En France, il s'est créé une sorte de «Silicon Valley» entre Lyon et Aix-en-Provence. C'est une région plus riche pour le multimédia que Paris. Ici, nous manquons de technopoles, qui créent une concentration de compétences et d'informations.

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