Pas de suspense côté politique monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) a laissé son taux d’intérêt inchangé, à 0, et continuera d’imposer un taux de -0,5% aux dépôts que les banques lui confient, même si elle considère que les risques sur l’économie ont diminué. Mais ce n’est pas de ce côté-là que les attentes se focalisaient jeudi en début d’après-midi, alors que Christine Lagarde s’apprêtait à apparaître face à la presse. C’est la revue stratégique annoncée par la nouvelle présidente de l’institution qui intéressait davantage. Un travail nécessaire, car on ne peut plus opérer comme en 2003, a insisté la Française.

Lire aussi: Christine Lagarde sous les feux de la rampe pour sa première à la BCE

C’est il y a dix-sept ans qu’a eu lieu le premier et seul examen. Le contexte a changé et ce nouvel exercice portera sur la «formulation quantitative de la stabilité des prix, la gamme des instruments de politique monétaire, les analyses économiques et monétaires et les modes de communication», a précisé un communiqué de presse diffusé à la fin de la conférence de presse. Cela inclut par exemple une analyse des nouveaux outils, de leur efficacité et de leurs conséquences, comme l’assouplissement quantitatif ou les taux d’intérêt négatifs. L’institution se penchera aussi sur la stabilité financière, l’emploi et le développement durable.

Nombreux enjeux

Christine Lagarde n’en a pas dit davantage, si ce n’est que l’exercice sera large et soulèvera de nombreux enjeux, y compris «la place du combat contre le changement climatique dans la future stratégie».

Selon les observateurs, la BCE pourrait opter pour un objectif d’inflation un peu plus souple, fluctuant autour de 2%, au lieu de la cible plus stricte de 2%. Marie Owens Thomsen, cheffe économiste chez Indosuez Wealth Management à Genève, salue le lancement de cette revue stratégique, rappelant que la Réserve fédérale américaine a également entamé la sienne. Les résultats devraient être connus cette année.

Dans le cas de la BCE, «il serait judicieux de reformuler l’objectif d’inflation, estime l’économiste. Quand on l’exprime de façon très étroite, à 2%, comme le faisait Mario Draghi, la communication devient compliquée dès qu’on est un peu au-dessus ou au-dessous, alors que ce qui compte, c’est d’ancrer les anticipations d’inflation.» Outre sa communication, la banque centrale pourrait aussi envisager d’inclure le plein-emploi, comme le fait la Fed, dans ses objectifs, ajoute-t-elle.