Démocratie parlementaire européenne oblige, Christine Lagarde, qui succédera à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne en novembre a été passée au gril au Parlement européen ce mercredi. Pendant près de deux heures et demie d’échanges, la Française a livré trois messages clés. D'abord, elle va prôner la continuité de la politique menée par Mario Draghi. Dans la conjoncture économique actuelle, l’assouplissement monétaire sera poursuivi. Ensuite, elle entend expliquer aux Etats de la zone euro que la politique monétaire ne suffit pas et que ces derniers doivent compléter avec des mesures budgétaires pour assurer la croissance. Enfin, tout en sachant que la stabilité des prix constitue sa première mission, Christine Lagarde tentera de verdir autant que se peut la politique monétaire de la BCE.

Novice en politique monétaire

Christine Lagarde avait été catapultée à la tête du Fonds monétaire international (FMI) en 2011 par son mentor Nicolas Sarkozy, alors président de la France, en catastrophe pour remplacer son compatriote Dominique Strauss-Kahn pris dans les mailles de la justice américaine dans une affaire de mœurs. Elle avait été reconduite pour un deuxième mandat en 2016, qu'elle a interrompu cet été pour revenir en Europe.

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Novice en économie, la Française a été tout de même chaleureusement accueillie mercredi par les députés européens. «La BCE a une foule d’économistes et il n’y a en a pas besoin d’un ou d’une en plus, commente Gregory Claeys de l’institut Bruegel, centre d’études et d’analyses basé à Bruxelles. La nouvelle présidente a la faculté d’écouter ses collaborateurs, faire un jugement et un choix, puis le défendre auprès de l’Eurogroupe, le club de ministres des Finances de la zone euro.»

Selon Gregory Claeys, Christine Lagarde, 63 ans, forte de son expérience, sera aussi dans une position idéale pour convaincre les chefs d’Etat et de gouvernement de prendre des mesures budgétaires, surtout ceux qui en ont les moyens. Ce sujet sera sans doute soulevé à maintes reprises ces prochains mois. Car la zone euro, comme d’autres régions du monde, fait de nouveau face à des risques de ralentissement, voire de récession.

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La successeure de Mario Draghi n’aura toutefois pas la tâche facile sur ce point précis. «Madame Lagarde doit reconnaître que la tâche de la BCE n’est pas de donner d’impulsion économique à la zone euro, mais de sauvegarder la valeur de l’euro et d’assurer la stabilité des prix, et rien d’autre», a défié l’eurodéputé allemand Markus Ferber, élu de l’Union chrétienne-sociale en Bavière et membre du Parti populaire européen, le groupe majoritaire au Parlement.

Argent ultra-facile

«Christine Lagarde doit stopper la politique de l’argent ultra-facile de ces dernières années, a encore martelé Marcus Ferber. La zone euro doit sortir des stéroïdes.» Cet avis était partagé par de nombreux élus, mais aussi par plusieurs membres du Comité des gouverneurs de la BCE. Plusieurs d’entre eux, à commencer par Jens Wedermann, président de la Bundesbank, n’ont jamais caché leur opposition à la politique monétaire généreuse de Mario Draghi. En Allemagne comme dans d'autres pays d'Europe du nord, la politique des taux d'intérêt bas est largement critiquée par des épargnants qui se sentent spoliés par la BCE.

Face à ces avertissements, Christine Lagarde a promis de consulter toutes les parties concernées et surtout d’évaluer les conséquences de chacune des mesures préconisées, avant de passer à l’acte. Elle a toutefois fait comprendre que dans la conjoncture actuelle, dominée par beaucoup d’incertitudes, et des risques de ralentissement à l’horizon, la BCE était condamnée à poursuivre l’assouplissement monétaire pendant encore quelque temps.

Une BCE plus verte?

Christine Lagarde a aussi été interrogée sur la question environnementale. «Vous pouvez rendre la BCE plus verte en plaçant les risques climatiques au centre de la stabilité financière», a interpellé le député vert allemand Swen Giegold. Visiblement ravie de répondre sur ce sujet de moins en moins controversé, elle a promis de revoir la gestion des fonds de la BCE  et veiller à ce qu'ils soit placés dans des actions ou obligations respectueuses de l’environnement. L'une des pistes selon Gregory Claeys serait que les prêts aux banques privées soient accordés en échange d’actifs d’entreprises «propres», c’est-à-dire qui n’émettent peu ou pas du gaz carbonique .

Avant de faire face au Parlement européen, Christine Lagarde avait fourni des réponses écrites à une foulée des questions de la part des députés. Cet exercice ne leur donne cependant pas de pouvoir de blocage. Tout au plus, ils peuvent émettre leur avis sur cette nomination qui est du ressort du Conseil européen.