Précédé d'une réputation de restructurateur – en raison du rôle joué dans le redresssement de Lufthansa après la guerre du Golfe – Christoph Franz (43 ans), le futur président du directoire de Swiss, s'est employé à nuancer cette image mardi devant les médias réunis à l'aéroport de Zurich. Quasiment inconnu en Suisse avant l'annonce lundi soir de sa nomination en tant que président de la direction de Swiss, Christoph Franz le dit d'emblée: «Je n'agirai pas en tant que coupeur de têtes mais pour positionner l'entreprise. Et pour cela, il y a bien d'autres moyens que les suppressions d'emplois.» Il n'en admet pas moins avec lucidité que «s'il est trop tôt pour évoquer les mesures à prendre, une restructuration n'est jamais une promenade». Le nouveau responsable opérationnel fera son entrée chez Swiss le 1er mai prochain, «pour me mettre au courant afin de pouvoir assumer la direction opérationnelle du groupe dès le 1er juillet». De leur côté, les syndicats espèrent que son arrivée ne sera pas suivie d'une nouvelle vague de licenciements.

S'il juge normales les critiques dont la compagnie aérienne fait l'objet chez elle, Christoph Franz se déclare convaincu par le potentiel de la compagnie à croix blanche. Il estime en effet que «le produit est fantastique et sa réputation internationale extraordinaire». Reprendre les rênes opérationnelles d'une compagnie encore en restructuration constitue donc «un défi majeur mais aussi une immense opportunité». Le nouvel homme fort disposera d'ailleurs d'un salaire annuel de 800 000 francs, soit près de trois fois celui de son prédécesseur, ainsi que d'un intéressement aux résultats par le biais de 100 000 actions d'ici à 2008. Et si un départ anticipé devait intervenir, il bénéficierait encore d'un délai de résiliation de deux ans. La nomination de Christoph Franz été d'autant mieux accueillie qu'elle comble le vide laissé par le départ voici un peu plus d'un mois d'André Dosé. Pour les syndicats, l'homme présente aussi l'avantage, malgré quelques bémols, de ne pas être estampillé «Crossair» ni «Swissair». C'est d'ailleurs l'homme autant que le manager que les médias ont pu découvrir mardi. Avec des qualités de communication illustrées notamment par ses affinités francophones: «J'envie le privilège de la Suisse et son multilinguisme. Je suis donc heureux de me retrouver ici», a-t-il expliqué dans la langue de Voltaire, en déplorant de ne pas parler l'italien. Marié et père de cinq enfants, Christoph Franz se prépare donc à emménager en Suisse avec toute sa famille.

«Avant de me pencher sur les chiffres, je souhaite connaître les personnes compétentes qui les utilisent. Je ne suis pas venu me retrancher dans un bureau», a encore expliqué le manager allemand à propos de ses débuts. Face aux difficultés rencontrées dans le cadre de l'alliance avec British Airways, il refuse toutefois d'être perçu comme une tête de pont de Lufthansa au sein de Swiss.

D'abord la qualité, ensuite les alliances

Si Christoph Franz se montre convaincu par le potentiel de Swiss, il est en revanche peu enthousiaste sur la stratégie de la compagnie: «La stratégie définie par le conseil d'administration est plausible. Mais Swiss doit faire attention à son positionnement entre les grands groupes mondiaux de transport aérien et les compagnies low-cost.» Au sujet de l'alliance à privilégier, il indique par ailleurs que l'objectif numéro un doit viser à assurer un produit de qualité, et une structure rentable, pour tout ce qui décolle et atterrit en Suisse. Peu importe le propriétaire et l'alliance choisie. Marqué par son expérience à la tête du pôle passagers de Deutsche Bahn et la transformation de l'entreprise d'Etat en SA, Christoph Franz se réjouit de collaborer avec les CFF. Le redressement de Swiss ne fera donc pas abstraction de l'infrastructure ni «du lien fantastique de l'aéroport de Zurich avec le rail». Christoph Franz a d'ailleurs été président du conseil d'administration de CitinightLine, une société commune des CFF et de Deutsche Bahn basée à Zurich.