Genève

Christophe Février: «Contrairement à la Suisse, la France n’aime pas ses entrepreneurs»

Une société de négoce nommée Les Etablissements de Christophe Février s’installe à Genève. A sa tête: un serial entrepreneur controversé. Entretien

Tantôt présenté comme un sauveur d’entreprises, tantôt comme un fossoyeur de sociétés, Christophe Février est une sorte de Bernard Tapie des temps modernes. L'homme à la réputation sulfureuse lance, cet automne à Genève, la toute première enseigne à son nom. Objectif: le négoce en matières premières. Les explications de ce Français, autodidacte du rachat, du redressement et de la liquidation d’entreprises en difficulté.

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Le Temps: Vous vous lancez dans le négoce à Genève. C’est-à-dire?

Christophe Février: Pour l’instant, je n’envisage pas de production en Suisse. Ce sera un bureau de trading, avec trois employés. On va acheter au sein du groupe GEO PLC des matières premières en tout genre pour les exporter à travers le monde. C’est la première fois de toute ma carrière, en 23 ans d’activité, que je donne mon nom à une société. Il faut y voir la volonté de m’inscrire dans la durée.

- Pourquoi avoir choisi le bout du Léman?

- Pour la neutralité, la stabilité et le sérieux de son gouvernement. Je suis le patron d’une entreprise très impliquée dans la mondialisation. La Suisse me paraît être, dans le contexte actuel, une place d’affaires importante.

- Quel est votre parcours, qui vous a amené à présider un groupe de plusieurs millions de francs?

- J’ai arrêté l’école à 18 ans. Mais je n’ai jamais cessé de travailler comme un fou. La chance ou la bonne idée n’est rien comparée à la méthode, l’organisation et la passion. Mon groupe génère aujourd’hui plus d’un quart de milliard de francs de chiffre d’affaires annuel, pour 500 employés en Europe et à peu près 4000 en Asie.

- Que faites-vous exactement?

- Nous avons trois grands métiers. En Asie, c’est la production d’énergie renouvelable. En Europe, nos activités sont industrielles. J’ai des usines en France qui produisent du bois, des machines pour l’agroalimentaire et des moquettes. Dans le bois, nous avons d’ailleurs racheté en janvier dernier trois usines qui appartenaient à un Suisse, Franz Hess. Nous sommes aussi tournés vers les économies d’énergie, via notamment Axpo en Suisse, qui est l’un de nos partenaires historiques.

- Vous êtes connu pour être un repreneur en série…

- Je suis aussi un créateur. J’ai généré davantage d’emplois en partant de zéro qu’en rachetant des sociétés. J’ai étudié 150 dossiers de reprise d’entreprises en difficulté et j’en ai choisi 14. Aucune n’a rechuté depuis.

- Pourquoi plusieurs sociétés affiliées à votre nom sont-elles en liquidation judiciaire?

- C’est de la mauvaise foi: on me met sur le dos des liquidations judiciaires de sociétés qui ne m’ont jamais appartenu. Ce sont des entreprises dont j’ai simplement regardé le dossier. Je les ai étudiées et j’ai estimé qu’il n’y avait rien à faire. On me reproche de n’avoir rien fait, mais ce n’est pas moi qui fais tomber la pluie.

- Comprenez-vous que l’on vous présente tantôt comme un sauveur, tantôt comme un liquidateur?

- La France est un pays très traditionnel, comme la Suisse. Mais la grande différence, c’est qu’elle n’aime pas ses entrepreneurs. Par exemple, j’ai repris une entreprise il y a trois ans. Les gens ont dit que je supprimais 53 emplois sur 120 postes. Ce qui est faux. Techniquement, j’ai racheté un fonds de commerce en perdition, duquel j’ai sauvé 67 salariés. Lors d’une reprise, il n’y a aucune garantie, mais je le fais avec mon argent. Il y a toujours des mécontents pour commenter le travail des autres.

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