Ils semblent si proches des Européens, dont ils sont d'ailleurs souvent les descendants, et pourtant les Américains sont plus différents d'eux que d'aucuns ne le pensent. Comprendre – et accepter – ces différences facilite les relations et permet d'éviter bien des malentendus. Poursuivons donc aujourd'hui les comparaisons culturelles entamées le 16 janvier dernier et inspirées des écrits de la psychologue américano-belge Anne de Lovinfosse.

Le sens des mots, par exemple, joue un rôle très important dans les possibilités d'(in)compréhension culturelle. C'est ainsi que les compliments sont vite perçus comme de la flatterie, voire de l'hypocrisie en Europe, alors qu'ils sont courants ici et font partie de la politesse, tout en étant souvent spontanés et sincères. En Amérique, si un chauffeur de bus admire votre veston ou qu'un skieur parfaitement inconnu vous complimente pour votre style de godille, ce n'est pas qu'il veuille quelque chose: c'est peut-être simplement une façon d'engager la conversation. Les Européens, cependant, peinent fréquemment à évaluer la sincérité de leurs interlocuteurs nord-américains.

Les compliments, la mise en évidence des réussites plutôt que la critique des fautes font aussi partie intégrante de l'éducation des enfants américains, dont il s'agit de faciliter le développement du potentiel, de la confiance personnelle et de l'estime de soi. Les parents voudront tirer le meilleur parti de tous les talents de leur enfant-individu, pour en faire le plus rapidement possible un être indépendant. Les Européens, de leur côté, privilégieront les bonnes manières, la politesse, la façon de manger à table, le respect des parents et de l'autorité, la discipline scolaire et la formation de l'esprit. Si les deux cultures veulent le succès de l'enfant, elles l'obtiendront dans des contextes différents. Les petits Américains auront plus de facilité à être entreprenants, à prendre des risques, à trouver leurs propres solutions. Ils seront pragmatiques. Les enfants européens auront une formation de base plus large et plus théorique, un rapport différent à l'autorité, d'autres manières sociales.

Le système du Nouveau Monde privilégie l'efficacité aux relations personnelles, particulièrement dans les affaires. En prenant un quart d'heure académique pour arriver à un rendez-vous, l'Européen risque de voir la négociation ne pas se terminer dans les délais, les interlocuteurs américains ayant un horaire strict à suivre: «business is business». D'ailleurs, il faut d'abord réussir à l'obtenir, ce rendez-vous, qui sera accordé beaucoup moins facilement par politesse qu'en Europe. Lors d'une prise de contact, il n'est en effet pas rare de se faire poser la question très utilitariste «pourquoi devrais-je passer du temps avec vous?» ou «quelles affaires m'amenez-vous?».

Ces questions peuvent paraître brutales dans une perspective européenne, dans laquelle poser des questions directes est parfois considéré comme un manque d'intelligence. Mais en fait, c'est naturellement que l'Américain privilégie la simplicité dans les relations – appelant par leur prénom même des inconnus, par exemple – et la manière directe de résoudre les problèmes. Il est donc plus enclin à essayer qu'à planifier, en dédramatisant la possibilité d'un échec, voire en l'assimilant au simple apprentissage de l'erreur à ne pas répéter: c'est le «learning by doing and failing».

Tout cela crée une société dans laquelle l'autosuffisance est prisée et où ne dépendre de personne est un but désirable: un reste, sans doute, de l'esprit des premiers pionniers, qui quittaient fréquemment un environnement oppressant et ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour conquérir un vaste continent. L'indépendance est élevée au rang de mythe. Ne pas réussir reste la faute de l'individu, pas de la société. Il en résulte une extraordinaire capacité à se relever, à rebondir…