L'omniprésence des références américaines dans la culture européenne, la mondialisation des produits et des services, des vacances passées aux Etats-Unis ou encore une certaine similitude des systèmes de pensée politiques: voilà autant de raisons pour croire, en Suisse, connaître les Américains.

La réalité est plus complexe. Il faut vivre en Amérique, éprouver les ajustements émotionnels, sociaux et culturels propres à l'expatriation. De nombreuses idées reçues sont alors remises en question.

L'une des différences les plus fondamentales réside dans la façon de se définir les uns par rapport aux autres. En Europe, l'origine territoriale, la famille, le cercle d'amis et de relations, le statut social ainsi que l'histoire personnelle sont les repères utilisés. Dans un pays encore neuf avec une population mobile, le passé est par contre plus difficilement traçable. Les Américains tendent donc à définir l'individu par ce qu'il fait plutôt que par ce qu'il est. Le principal symbole du succès étant la réussite financière, ils n'ont pas de complexe à parler de leur salaire, du prix de leur maison ou de leur fortune, ce qui serait considéré en Europe comme un comportement de parvenu ou de nouveau riche.

Les Américains sont souvent perçus comme superficiels, alors qu'ils sont en fait généreux et loyaux, mais avec une approche différente, souvent teintée d'un individualisme réfractaire à toute dépendance. L'Européen considère qu'il peut partager ses peines avec ses amis, qui n'hésiteront pas à lui donner leur avis. Il attend d'eux qu'ils soient à l'écoute, qu'ils lui proposent de l'aide. L'Américain, par contre, cherche à ménager ses amis et s'engage moins volontiers dans des discussions directes. Il a peur de déranger s'il n'est pas appelé. Pour trouver du soutien, l'Américain consulte volontiers des professionnels: son conseiller spirituel, son psychothérapeute ou son groupe d'entraide.

Ces approches différentes de l'amitié façonnent la vie sociale. En Amérique, le but de nombreuses activités est de passer un moment agréable, en étant enrichi par la simple rencontre de gens différents. Il est important que les discussions soient «fair» et ne mettent personne dans l'embarras. Ce n'est que rarement le lieu des grands débats d'idées. Les Européens, par contre, sont souvent davantage à l'aise dans le cercle plus restreint de leurs amis. Ils n'ont alors pas peur des divergences d'opinions, aiment solliciter des perspectives différentes.

Qu'ils le veuillent ou non, Européens et Américains ont des façons «naturelles» de réagir à une situation donnée. Tout en recherchant la même chose, ils peuvent l'exprimer par des comportements opposés. Rendez-vous dans un mois pour la suite de ces observations, inspirées par les écrits de la psychologue américano-belge Anne de Lovinfosse.