Nos cerveaux expatriés représentent une source non négligeable de talents et de compétences. Mais force est de constater que le marché suisse répond relativement mal à leurs aspirations professionnelles et à leur désir de rapatriement. Qu'ils viennent de Californie, New York, Londres ou Hongkong, les candidats au retour sont déterminés à poursuivre leur carrière professionnelle sur le sol helvétique. Malheureusement, le marché suisse n'est pas toujours en mesure de leur offrir des opportunités en adéquation avec leurs compétences. A quoi vient s'ajouter une composante extrêmement pénalisante, à savoir le facteur temps.

Personne ne remet en cause le fait que nos scientifiques suisses possèdent de précieuses qualités pour les sociétés helvétiques. Hélas, le système encore pyramidal et structuré de nos entreprises fait qu'elles recherchent tout d'abord à remplir un poste, avec une description de fonction très précise et contraignante, laissant passer ainsi des personnes hautement qualifiées. A partir du moment où le poste à repourvoir au sein de la société a été identifié, la recherche peut durer des mois, représenter une perte de temps considérable et devenir extrêmement onéreuse du fait de cette rigidité.

A contrario, plus d'opportunisme, c'est-à-dire une meilleure capacité à reconnaître et engager l'intelligence quand elle se présente, soulagerait bien des sociétés dans leurs recherches de compétences. Le jeune manager revenu de l'étranger possède en lui assez de flexibilité et de capacité d'adaptation pour créer son propre environnement et apporter une réelle plus-value à la société qui l'emploie. Aussi faudrait-il avoir assez de souplesse pour anticiper la demande et aller vers l'achat de l'intelligence pure. Cela aurait pour effet d'accélérer le développement et de démultiplier la créativité de nos entreprises.

Après une semaine passée à Palo Alto, en Silicon Valley, nous avons constaté que la moitié des Suisses que nous avions interviewés ont un projet de retour affirmé. Forts de leurs compétences, ils sont en mesure de créer leurs propres postes, voire leurs propres entreprises. Cette population hautement qualifiée aspire à la réalisation de son savoir-faire et à l'application du talent qu'elle a développé au contact d'autres cultures. C'est sa plus grande motivation. L'environnement qu'elle recherche devrait se fonder sur une hiérarchie aussi plate que possible. Elle veut en outre éviter les restrictions d'un cahier des charges trop rigide. En portant plus d'attention à la rapidité de réaction et à l'adaptabilité de nos expatriés, nous serons en mesure de valoriser l'une des clefs fondamentales du succès économique et scientifique de notre pays.

* Directrice de de Weck & Partners.