L'euro a franchi la barre psychologique de 1,30 dollar vendredi et teste actuellement la zone de 1,32 dollar. Ces fluctuations ont été amplifiées, d'une part, par la faiblesse des volumes sur le marché des changes, nombre de cambistes faisant le pont à l'occasion de la fête américaine de Thanksgiving. D'autre part, cette hausse de près de 2% en deux jours a été alimentée par des facteurs techniques puisque le franchissement du seuil de 1,30 a déclenché des ordres d'achat automatiques.

Les marchés ont globalement une vue positive de l'euro et pessimiste du dollar. Les participants s'attendent tous à ce que la Banque centrale européenne relève début décembre son principal taux directeur à 3,5%. Par contraste, la Réserve fédérale américaine devrait s'en tenir à son statu quo monétaire, tandis qu'un tour de vis de la Banque du Japon n'est pas attendu avant mars 2007. Le dollar pâtit aussi de la mise en garde du vice-gouverneur de la Banque de Chine selon lequel les pays d'Asie détiendraient une trop grande partie de leurs réserves de changes en dollars. Le marché s'attend à ce que la Banque de Chine diversifie prochainement ses réserves en dollars dans d'autres devises, une hypothèse qui avait déjà permis à l'euro d'atteindre il y a deux ans son plus haut historique face au billet vert à 1,3666.

En plus de ces dernières nouvelles négatives pour le dollar, le marché semble, pour la première fois depuis des mois, avoir perdu de son intérêt pour les opérations de «carry trade». Reste à savoir s'il s'agit d'une diminution durable de l'appétit pour le risque ou seulement des prises de profit dues au long week-end de Thanksgiving.

Il n'est pas encore certain que le plongeon du dollar marque le début d'une tendance à long terme, bien que la cassure de la barre de 1,30 dollar ouvre la porte de 1,36-1,37 dollar. Des interventions sous forme verbale, comme par exemple la déclaration du ministre français de l'Economie, Thierry Breton, lançant un appel à la «vigilance collective» face à la dépréciation du dollar par rapport à l'euro, vont pousser les investisseurs à la réflexion. Les statistiques américaines de cette semaine, les ventes de logements neufs et existants, l'indice ISM, le PMI de Chicago et l'indice PCE seront déterminants pour les anticipations en matière de taux et donc pour le dollar.

Le franc suisse est en hausse de près de 3% depuis jeudi, il a touché un plancher sur six mois et demi à 1,2020 dollar. Ce regain d'appétit pour notre monnaie nationale est un des signes qui pourraient annoncer la fin des «carry trades». Le baromètre conjoncturel KOF et l'indice des prix à la consommation jeudi, suivi de l'indice des directeurs d'achat (PMI) vendredi sont à surveiller avec attention.

Du point de vue technique, notre vue d'une hausse du dollar à moyen terme s'est avérée fausse. En EUR/USD, bien que la cassure de 1,30 dollar soit positive, la hausse actuelle devrait rencontrer de la résistance vers 1,3180-1,3200, une correction baissière dans la zone 1,2950-1,30 est prévue. Une cassure inattendue de 1,3180-1,3200 pourrait cependant ouvrir la voie pour un test à 1,3311. A plus long terme, des signaux de fin de hausse se font de plus en plus pressants. La baisse actuelle du USD/CHF devrait s'arrêter à 1,1960-1,2010 pour une correction vers la zone 1,2220-70. Une cassure inattendue du support pourrait néanmoins l'entraîner jusqu'à 1,1828.

Le sursaut de volatilité de ces derniers jours accroît la probabilité d'une correction.