La stratégie Event Driven s'est installée en 2004 dans le groupe des stratégies alternatives les plus performantes avec un rendement de 14,72% en 2004 (pour l'indice HFR Event Driven) confirmant les 25,33% réalisés en 2003. Après des années 2001, 2002 de disette en termes d'opportunité pour cette stratégie, 2003 et 2004 auront été particulièrement propices à ce style de gestion. Si récemment les Etats-Unis constituaient le marché de prédilection pour ces gérants, il semble que l'Europe offre désormais un profil plus favorable.

Comme son nom l'indique, cette stratégie se concentre sur la génération de profit basée sur la réalisation d'un événement. A ce titre, le cycle de vie d'une entreprise offre de nombreuses opportunités à ces gérants-là. Les fusions et acquisitions ou bien encore les restructurations, rachats d'actions, spin off et autres liquidations sont autant d'occasions d'investissement. Il est important de noter que l'événement est le catalyseur de la variation du prix de l'actif considéré.

L'arbitrage sur fusions et acquisitions n'est pas une stratégie véritablement nouvelle. Il consiste à détenir une position dans la société acquise et vendre simultanément à découvert la société acheteuse, pariant ainsi sur la réalisation de la fusion au prix de rachat indiqué ou à un prix supérieur. Dans le cas d'un rachat en cash des actions, les arbitragistes capturent la différence entre le prix de rachat et le prix auquel le titre se traite. En effet lors d'une annonce de rachat, le cours de la société achetée reste inférieur au cours d'achat annoncé. Cette prime reflète finalement l'incertitude liée à l'aboutissement effectif de la fusion. Cette stratégie a notamment vu ses rendements passablement diminuer aux Etats-Unis en raison du nombre de fonds actifs sur ce marché. Aujourd'hui, le rendement généré par la stratégie Event Driven provient principalement des profits réalisés sur les situations spéciales.

En effet, les situations spéciales telles que les restructurations peuvent inclure les séparations, les ventes de divisions ou d'actifs, les changements de structure du capital ou encore le détachement d'activités de la structure principale. Le recrutement d'une nouvelle équipe de direction constitue aussi une situation spéciale. Le tout est d'arriver à évaluer le changement de valeur induit par le déroulement de l'événement et la probabilité que ce changement de valeur se réalise sur l'actif coté. En règle générale, le gérant ne se positionne pas seulement long le titre, il couvre aussi tout ou partie de sa positon au moyen d'une position vendeuse sur un autre actif positivement corrélé.

2003 aura vu les marchés actions et obligations se stabiliser, et la tendance concernant l'activité de corporate finance s'inverser. Les compagnies européennes ont entrepris de restaurer la rentabilité de leurs opérations, en optimisant leurs coûts et en affichant un appétit grandissant concernant l'amélioration des processus de production. Cette coupe dans les coûts associée à l'application d'une discipline financière stricte a conduit à des restructurations de bilans profondes. En parallèle à cela, les résultats des entreprises en 2004 ont été bons, des trésors de guerre ont pu être reconstitués et présagent un renforcement du processus de consolidation dans de nombreux secteurs. Le rachat par Novartis des deux sociétés Eon et Hexal en offre une bonne illustration.

Le contexte macroéconomique européen ainsi que la réalité de la zone euro et son élargissement à l'Est sont très favorables à un accroissement marqué des mouvements de consolidation. La force relative de l'euro et de la livre face au dollar permet aux sociétés européennes de consolider leur position dans l'industrie américaine.

A cela s'ajoute le fait qu'un nombre croissant d'entreprises européennes s'alignent sur leurs homologues américaines en portant un intérêt accru à la croissance de la partie actions du bilan.

Accompagnant cette tendance de consolidation au sein des différents secteurs en Europe, il faut noter que le niveau de complexité des transactions augmente, la présence d'accords financiers contingents ainsi que la présence d'optionalité incorporée étant quasiment systématiques. Il faut noter aussi la présence renforcée des acheteurs du Private Equity qui s'affirment comme des acheteurs émergents et dominants dans l'activité de fusion et acquisition. Ce sont aussi des acheteurs majeurs dans les cas de démantèlement d'actifs ou d'activités aidant ainsi certaines compagnies à alléger leur bilan.

Si la corrélation des rendements de cette stratégie avec les rendements des marchés actions peut sembler faible, il n'en reste pas moins que celle-ci est très sensible aux mouvements baissiers brutaux.

On voit bien que les approches du gérant Event Driven sont multiples. Cette multiplicité rend plus difficile la compréhension des rendements et leur prévision. Le danger est de se retrouver avec un gérant qui a une importante exposition longue au marché, et qui par voie de conséquence est vendeur de volatilité. En cas de choc et donc d'augmentation de la volatilité, ces fonds seraient fortement touchés. Il est nécessaire de savoir aussi à quel risque crédit le gérant est exposé. Enfin l'exposition géographique est à surveiller de près, certains fonds n'hésitant pas à prendre des paris directionnels importants sur l'Europe de l'Est.