C'est l'histoire d'un président qui voulait faire comme son papa douze ans plus tard. S'inspirant du scénario de «Tempête du désert» – guerre éclair dans le Golfe, victoire des alliés unis dans une intervention légitime, boom des actions à Wall Street – Bush junior se réjouissait de rééditer la formule, en mieux: cette fois, l'Amérique encore plus puissante saurait générer des retombées économiques très directes. Invasion à grande échelle de l'Irak, accès des Etats-Unis aux réserves pétrolières et contrôle des prix du baril, boom des investissements dans un gigantesque chantier de reconstruction. Et, dans l'immédiat, fin de l'incertitude des investisseurs et retour à la croissance économique américaine, locomotive mondiale. Une reprise qui aurait enfin plébiscité les mesures de relance de George W. Bush.

Jusqu'ici, c'est un autre scénario qui s'est joué: celui d'un enlisement dramatique. Rien de tel pour miner l'économie. La période de «crise» s'éternisant au stade d'intention de guerre, la politique étrangère de Bush est devenue le problème central de l'économie, dont le rétablissement aurait dû figurer en tête de ses priorités. Les «risques géopolitiques» opèrent comme un frein, n'a cessé de répéter un Alan Greenspan qui a épuisé toutes les cartouches de politique monétaire. A chaque faux départ de la Maison-Blanche, voilà que le climat de confiance se détériore, que la Bourse s'étiole encore, gelant les décisions d'investissement, sabotant l'effet du stimulus fiscal et des baisses record de taux d'intérêt. L'air de ne pas y toucher, Washington mènerait même en réalité une politique délibérée de dévaluation compétitive du dollar, au risque d'une guerre des changes.

L'inefficacité de ces mesures pour cause de crise irakienne prend de tristes allures d'autogoal. George W. Bush se retrouve endetté envers les siens: il ne peut plus «coûter» davantage à l'Amérique. Le prix de cette guerre semble avoir déjà dépassé, en manque à gagner économique, les revenus futurs qui en étaient escomptés. Que faire désormais? Jouer quitte ou double en dédommageant les Américains avec une belle victoire? Mais cela aura pour prix l'opinion mondiale et le droit international. Au pire, ceux-là attendront la fin de son mandat. Là, Bush junior doit donner un violent coup d'accélérateur pour sortir des sables mouvants irakiens où il s'est enlisé sans même se rendre sur place. Même si la «victoire» n'est pas acquise.

Moralité: malgré les prières de Bush senior, les performances du passé ne préjugent rien des résultats futurs.