Il doit être désespéré, Supachai Panitchpakdi, le patron de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il ne lui reste plus que sept jours pour emmener les pays membres à finaliser les modalités qui serviraient de base aux négociations sur le volet agricole. Une période insuffisante, tant les objectifs et les positions des uns et des autres sont éloignées. L'Union européenne, la Suisse, le Japon défendent une agriculture coûteuse, mais qui tient compte de l'écologie, du social et des spécificités régionales. En revanche, une vingtaine de grands pays exportateurs, conduits par les Etats-Unis, ne jurent que par la libre concurrence. Autant dire que les jeux sont faits: lundi prochain, ce sera l'échec. Le non-respect d'une échéance n'est pas une affaire en soi, d'autant plus que le dossier agricole est bien complexe et politiquement sensible.

Par contre, l'OMC va vers son troisième échec, après ceux de l'«accès aux médicaments» et du «traitement spécial et différencié», où les échéances sont tombées à l'eau. Mais Supachai Panitchpakdi relativise, nuance, minimise. Il supplie les membres de l'OMC de faire encore un effort alors que ces derniers rechignent. Le patron de l'OMC se retrouve dans la situation du muletier qui voudrait bien tirer son animal jusqu'à la fontaine mais ne pourrait l'obliger à boire. Puis, il y a cette guerre. Elle a déjà fait des dégâts collatéraux: certains poids lourds du commerce international n'auraient pas le cœur à négocier…

Enfin, il y a ces rumeurs insistantes: les Etats-Unis ne se tiendraient plus à l'échéance fixée pour la conclusion du Cycle de Doha à décembre 2004. Supachai Panitchpakdi dit que la question ne se pose pas. Mais bon, ce n'est pas lui qui commande. Résumons. Deux échecs déjà inscrits, un troisième inéluctable, ralentissement des négociations à cause de la guerre, renvoi éventuel de l'échéance finale: il y a de quoi faire plonger l'organisation dans l'une de ses plus profondes crises depuis son existence.