Horlogerie

Le chronographe mécanique se démocratise

Tissot lance un garde-temps basé sur un calibre simplifié et en partie synthétique

En horlogerie, innovation rime souvent avec complications, voire multiplication des complications. Le créateur s’applique à additionner les prouesses indicatives – intégrer les années bissextiles ou donner les phases de lune – ou stabilisatrices, comme le tourbillon, dont la fonction est de contrebalancer les effets de la gravité terrestre – dans le boîtier et sur le cadran d’une montre. Le nombre de composants explose…

Mais innover, c’est parfois simplifier. Il suffit de se remémorer la création de la Swatch il y a vingt-six ans. Toute l’originalité était de ne compter que 51 composants, contre 90 en moyenne pour les autres garde-temps du même type de l’époque. Le leitmotiv: faire suisse, pas cher et le moins complexe possible.

En réponse à une demande

C’est exactement dans cet esprit que la marque locloise Tissot a lancé au fabricant de composants horlogers ETA (les deux sociétés sont membres de Swatch Group) le défi de créer un chronographe simplifié. La mission consistait à lui livrer un calibre bon marché, de manière à pouvoir proposer à sa clientèle un mouvement chrono à remontage automatique d’entrée de gamme. Un développement qui s’insère tout simplement «dans la demande croissante de montres mécaniques», explique François Thiébaud, président de Tissot. Sa société produit actuellement plus de 2,5 millions de montres par an, dont 20 à 25% sont dotées de mouvements mécaniques.

Le résultat s’appelle ETA C01.211. «La bête» ne compte que 184 composants. Un véritable exploit en soi puisque les calibres chrono les plus simples comptent au moins une centaine de pièces de plus. Sa platine, soit la pièce de base sur laquelle toutes les autres pièces du mouvement sont assemblées, ne possède qu’un niveau, doté ici d’une pièce porteuse synthétique, alors que d’habitude il y a plusieurs étages. L’assemblage est donc facilité, plus rapide, et au final moins coûteux.

Autre grande nouveauté, «la création d’un échappement synthétique (ndlr: l’échappement est le mécanisme qui sert à régulariser le mouvement de la montre), qui nous permet d’être exclusifs», poursuit François Thiébaud. Antimagnétique, plus léger, légèrement lubrifié, doté d’un meilleur rendement, le composant cumule les qualités.

Matériau synthétique

Le caractère synthétique de cette pièce ainsi que de la pièce porteuse de la platine explique – au moins en partie – pourquoi la production d’un calibre chrono bon marché n’a pas été élaborée plus tôt. Conservatrice par essence dans son art, l’horlogerie suisse ne s’oriente que peu à peu vers ces matériaux dont «la noblesse» reste encore souvent à révéler.

Côté prix, Tissot commercialisera ses modèles chrono simplifiés, en cours de livraison aux détaillants, dans une gamme allant de 795 à 895 francs. Soit au moins la moitié de ce que coûtent les modèles comparables «swiss made» les moins chers de la concurrence.

«Posséder une belle montre mécanique, c’est comme avoir un tableau d’un grand artiste ou détenir un bel objet. La renommée de l’horlogerie suisse a revalorisé la montre mécanique», s’enthousiasme François Thiébaud. A noter que pour le moment, le calibre ETA C021.211 reste réservé à Tissot et à Swatch. La concurrence est donc invitée à innover elle aussi sur ce terrain…

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