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Chute des Bourses, hausse des taux: le private equity résistera-t-il?

Le capital-investissement, qui a connu un succès sans précédent en 2005, affronte des conditions plus dures cette année. Malgré l'euphorie persistante, les rendements baisseront.

Les beaux jours du capital-investissement sont-ils comptés? Les experts mettent en garde contre les financements trop agressifs en Europe, à l'heure où les taux d'intérêt s'orientent à la hausse. «L'environnement permissif a entraîné des niveaux de dette de près de huit fois les bénéfices estimés des entreprises, contre quatre fois il y a deux ans, et certains groupes de private equity ont surpayé les acquisitions», a déclaré Sir Ronald Cohen, fondateur de Apax Partners, au Financial Times.

«Avec la hausse des taux, il y aura moins de nouvelles transactions financées par des dettes aussi élevées, juge Hans Markvoort, analyste de private equity chez LGT Capital Partners. On voit déjà une réduction de l'offre de financement des banques, inquiètes des risques qu'elles prennent et du levier des entreprises».

L'euphorie régnait pourtant la semaine dernière, dans la somptueuse Principauté de Monaco, où s'est réunie deux jours l'association européenne du private equity et du capital-risque (EVCA). Car 2005 a pulvérisé tous les records. D'abord, en termes de fonds récoltés, avec 71,8 milliards d'euros au total contre 48 milliards en 2000. Ensuite, en termes de performance, le private equity et le capital-risque européen ayant rapporté 33,8%. Cette année, les levées de fonds se poursuivent à un rythme soutenu, et la pression est forte pour les déployer rapidement, d'autant que les capitaux levés dépassent de 25 milliards ceux investis. «Nous verrons certainement de grosses transactions ces 18 prochains mois, de même que des désinvestissements, qui se feront à des rendements élevés», a pronostiqué Sir David Cooksey, président sortant de l'EVCA.

Malgré ce ton optimiste, les conditions ont changé. Les taux d'intérêt courts, à 5% aux Etats-Unis et à 2,75% en Europe, s'orientent à la hausse. Et depuis deux mois, les Bourses corrigent sévèrement. Certes, «la corrélation entre le private equity et le marché des actions est faible», rappelle Gemma Postlethwaite, analyste de Thomson Financial. Pour preuve, «jusqu'ici, les valorisations du private equity et les transactions n'ont pas baissé malgré le recul boursier», note Stefan Hepp, CEO de Strategic Capital Management. Mais cette classe d'actifs est loin d'être immunisée contre les Bourses. Premier effet direct, «les désinvestissements à travers des cotations (IPO) seront peu attrayants ces prochains mois», selon Laura Tyson, doyenne de la London Business School et ancienne conseillère de Bill Clinton. Heureusement, les «exit» au travers d'IPO ne représentent que 4,8% des sorties, le mode privilégié étant des ventes à des entreprises ou à d'autres fonds de capital-investissement (respectivement 23% et 13%). Mais là aussi, rien n'est gagné. La dette devenant plus chère, les désinvestissements sont plus risqués, explique Stefan Hepp: «Les valorisations de sortie vont baisser, car l'acheteur offrira un prix tenant compte d'un niveau de dette plus bas.» Autre déconvenue, les investisseurs ne seront plus aussi grassement remboursés en capital. «Les refinancements successifs des fonds vont diminuer en raison du renchérissement de la dette, explique Stefan Hepp. Les fonds devront alors vendre des actifs pour maintenir les remboursements à ce niveau élevé». Quant aux portefeuilles déjà financés, la hausse des taux ne les affectera guère: «La plupart des entreprises se sont couvertes contre la hausse des taux en les fixant à des niveaux bas», souligne Hans Markvoort.

Cette année, les experts prévoient des performances moins spectaculaires pour le private equity. «Les rendements n'atteindront plus 25%- 30%, mais resteront au-dessus de 10%», pronostique Hans Markvoort.

La correction des marchés aura au moins un effet positif pour le private equity: les cours des sociétés ayant chuté, les prix d'achat redeviennent raisonnables pour les fonds privés.

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