Malgré une réévaluation à la hausse des perspectives de croissance de l'économie mondiale pour cette année (4,2% contre 3,5% il y a sept mois), le Fonds monétaire international est inquiet: la cote trop élevée des cours des valeurs technologiques présente un risque important de correction boursière majeure, entraînant un brutal ralentissement de la croissance, non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier. La nouvelle chute du Nasdaq, mercredi de 7,07% à 3769,21 points, conforte les craintes de l'institution.

Des prévisions en hausse

Dans l'ensemble, l'économie mondiale se porte plutôt mieux que prévu, écrit le FMI dans son World Economic Outlook (une publication bisannuelle): toutes les prévisions ont été revues à la hausse par ses experts. Ainsi, les Etats-Unis, véritable moteur de la croissance planétaire, devraient voir leur PIB progresser de 4,4% cette année, soit près de 2% de plus que ce que le FMI prévoyait l'an dernier. Si tout se passe bien, l'atterrissage de l'économie américaine sera progressif, avec une croissance du PIB de 3% en 2001. Pour la zone euro, la hausse se stabilisera sur la même période à 3,2% – dépassant ainsi la courbe américaine. En ce sens, les prévisions du FMI corroborent celles de l'Union européenne, publiées mardi (lire Le Temps du 12 avril). Enfin, la troisième grande économie du monde, le Japon, poursuivra sa convalescence, avec une hausse du PIB de 0,9%. Point positif, l'une des principales forces entraînant ce «puissant rebond» mondial consiste dans l'accroissement en volume et en valeur des exportations en provenance des pays émergents. «Toutes les régions du monde contribuent à la croissance et aux perspectives de croissance», constate, réjoui, Michael Mussa, l'économiste en chef du FMI.

La satisfaction de voir le monde s'éloigner des turbulences créées par les crises financières asiatique, russe et brésilienne des années 1997 à 1999, est néanmoins atténuée par le risque d'un effondrement boursier des valeurs de la Nouvelle Economie. Pour le FMI, le danger ne réside pas tant dans la surévaluation des titres de croissance, que dans sa corrélation avec un très fort endettement des ménages américains, un taux d'épargne anormalement bas et une balance américaine des paiements courants largement déficitaire. Le Fonds constate que cette situation complique notablement la tâche de la Réserve fédérale, à qui il est conseillé de durcir encore sa politique monétaire, mais «progressivement et prudemment». La quadrature du cercle: Alan Greenspan devra à la fois faire baisser la consommation, pour que la demande intérieure ne dépasse plus les capacités de production, détendre le marché du travail, éviter les tensions inflationnistes, maîtriser la baisse des marchés financiers et contrôler le ralentissement de la croissance…

Mais le FMI n'est pas préoccupé par la seule économie américaine. En Europe aussi, plusieurs bulles spéculatives sont apparues, principalement en Finlande, en Irlande, dans la péninsule Ibérique et aux Pays-Bas. Le rapport du Fonds note que dans ces pays, les titres boursiers ont progressé nettement plus vite qu'ailleurs dans la zone euro, et que cette frénésie s'est accompagnée d'une spéculation immobilière, Finlande exceptée. La prédominance des banques dans ces économies fait qu'une forte correction des actifs aurait un impact important sur la croissance du crédit et sur leur solidité financière. Ceci ne manquerait pas de poser un problème de politique monétaire à la Banque centrale européenne, qui ne peut tenir compte des situations particulières, même si elles touchent plusieurs membres de la zone euro. Le risque de contagion est aussi mentionné par le FMI.

Reste que le Fonds enjoint la BCE à ne pas casser la croissance par une politique monétaire trop dure. Le comité de la BCE se réunit aujourd'hui à Francfort pour décider d'une éventuelle hausse des taux directeurs. Certains analystes tablent sur une hausse de 50 points de base dans les six mois. Enfin, le FMI conseille à la Banque Nationale Suisse de maintenir sa fermeté, malgré une expansion modeste de l'économie helvétique (+2,1% cette année et en 2001).