C’est le numéro un mondial lui-même qui le dit. «Les résultats de l’industrie de l’aluminium en 2012 ont été sérieusement affectés par la faiblesse des cours.» Sur le marché londonien des métaux – le LME –, la tonne d’alu a vu sa valeur fondre de 15% en douze mois. Le métal blanc se traitait 1975 dollars à la veille du week-end et enchaînait lundi son onzième jour de baisse consécutif. Une dépréciation qui a touché le géant Rusal de plein fouet. Ce dernier a vu ses ventes fondre de 11%, pour se stabiliser juste en dessous de 11 milliards de dollars. Le résultat brut d’exploitation (ou EBITDA) a été divisé par trois. Les bénéfices nets, eux, se sont transformés en pertes; mais à ce niveau, les chiffres sont brouillés par la résolution, en cours d’année, du conflit entre les actionnaires de Norilsk Nickel.

Le conglomérat métallurgique de 72 000 employés fondé par l’oligarque Oleg Deripaska estime cependant mieux résister que ses concurrents. Grâce à des «réductions de coûts» – merci l’électricité russe – qui ont très légèrement décliné de 1984 à 1946 dollars par tonne produite, en regard d’un prix moyen de vente de 2200 dollars. Il peut ainsi mettre en avant des marges d’exploitation de 12% des ventes, alors qu’«une grande partie des capacités de production dans le monde» ont fonctionné à perte.

L’incertitude sur les conditions économiques a creusé la valeur de tous les métaux industriels ces derniers mois, nickel et aluminium en tête. Un sentiment de surplus accentué par l’abondance des stocks des entrepôts du LME. Constat similaire à Pékin. «Les stocks sont importants et il y a peu d’indications montrant un redémarrage de la demande finale», constatent les analystes de Barclays. «La grande incertitude reste de savoir comment le marché interprétera les déclarations tenues lors du 12e Congrès national du peuple», poursuivent ces derniers. Une remontée des cours sera «difficile» sans annonce forte, en particulier «l’annonce, par le nouveau gouvernement chinois, de dépenses d’infrastructure supplémentaires», pointent les spécialistes londoniens.

Ces paris sur les mois à venir sont déjà concrétisés par Rusal. Le groupe russe a annoncé lundi qu’il allait cette année réduire sa production de 300 000 tonnes – soit près de 7% en moins – afin de limiter les dégâts. Et d’essayer d’organiser la rareté, en raison de son poids sur le marché. A lui seul, Rusal produit environ un dixième du métal blanc consommé dans le monde.

«Une grande partie des capacités de production dans le monde» fonctionnent à perte, selon Rusal