Après une riche année boursière 2005 qui a permis à nombre de caisses de pension de renflouer leur découvert, 2006 prend des airs de retour à la case départ. Les portefeuilles des institutions de prévoyance sont mis à mal depuis mai. En deux semaines, l'indice SMI (blue chips suisses) a plongé de 9%, clôturant mercredi en baisse de 0,5% sur l'année. Cette chute s'additionne au recul de 2,8% de l'indice des obligations suisses depuis janvier. «Les actions et obligations, les deux piliers traditionnels des placements des caisses, corrigent en même temps, un phénomène que l'on n'avait pas vu depuis longtemps», constate Bernard Laperrousaz, responsable des relations avec la clientèle institutionnelle Suisse romande de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH), lors d'un séminaire de la banque. Dès lors, gare aux caisses qui seraient presque exclusivement investies dans ces deux classes d'actifs. Elles pourraient avoir du mal à réaliser le rendement minimal de 2,5% qu'elles sont tenues de verser à la fin de l'année sur les comptes des salariés. Les obligations souffrent de la hausse des taux d'intérêt. «La chute de la valeur du coupon et la hausse corollaire des rendements obligataires se sont accélérées depuis septembre en Europe, note Bernard Laperrousaz, alors qu'elles s'étaient déjà amorcées aux Etats-Unis.» Les rendements en dollars, euros et francs ont gagné environ 100 points de base en huit mois, affectant la valorisation des portefeuilles obligataires, qui ont vu les échéances de 8 à 15 ans essuyer des pertes entre 5% et 10%.

Dans ce contexte, LODH réitère ses vues en faveur d'une diversification maximale des classes d'actifs, afin de décorréler les rendements.

La banque conseille une «stratégie de substitution» qui consiste à remplacer une partie des obligations par des investissements alternatifs (voir graphique). Il n'est en effet pas question de remplacer les taux fixes par des actions, ni par des placements à court terme, rapportant moins de 1,5%. Les hedge funds ont des arguments: d'avril 2003 à avril 2006, les obligations d'Etat suisses ont rapporté 13,5% pour une volatilité de 5,4%, contre un gain de 24,8% pour le fonds LODH Alternative Strategies, et une volatilité de 3,7%. LODH décline cette stratégie de substitution dans son fonds Protector. Ce véhicule n'alloue que 20% aux obligations (suisses et étrangères) et 18% aux actions, réservant la part du lion (plus de 50%) à des stratégies alternatives: matières premières, convertibles, produits structurés, hedge funds. Entre avril 2005 et avril 2006, il a surperformé l'indice LPP 93 (composé à 75% d'obligations et à 25% d'actions) mais sous-performé le LPP 40 (40% d'actions). Les chiffres de mai sont très attendus: «La correction actuelle testera concrètement le degré de résistance du Protector», souligne Bernard Laperrousaz.

Craintes d'inflation excessives

Pour la suite, Philippe Schindler, chef de la stratégie de LODH, enjoint aux conseils de fondation de ne pas s'inquiéter: «Il n'y a pas de récession à l'horizon, et malgré les craintes exagérées, les risques d'inflation sont faibles et le resteront partout ces cinq prochaines années.» Quant aux marchés d'actions, le stratégiste ne voit pas de «bear market», mais une phase de volatilité qui durera trois à six mois, «les investisseurs se focalisant sur le très court terme». Sur douze mois, les principaux marchés enregistreront «un rendement positif à un chiffre».