Attention, chaud devant!… A en croire les résultats du dernier sondage Merrill Lynch-Gallup, qui a été fait entre les 2 et 7 mars auprès des gestionnaires de fonds de 222 institutions financières mondiales représentant des actifs de 8644 milliards de dollars, le climat sur les marchés ne va pas s'améliorer. Au contraire, on s'achemine vers un bon coup de tabac boursier puisque 43% de ces spécialistes estiment aujourd'hui que les Etats-Unis courent un sérieux risque de récession – ils étaient 23% à penser ainsi en décembre 2000! Par ailleurs, 64% d'entre eux pensent que la reprise économique aura la forme d'un «U» plutôt que d'un «V» et que, si reprise il y a, elle ne viendra qu'en fin d'année. Enfin, même si les gestionnaires européens sont confiants dans la force de la croissance du Vieux Continent pour équilibrer le recul conjoncturel américain, beaucoup voient les marchés boursiers plonger encore plus bas cette année qu'en septembre 1998. Quand les indices mondiaux avaient perdu brutalement plus de 30%…

Sueurs froides

Le sondage mensuel Merrill Lynch-Gallup est considéré par de nombreux observateurs comme un signal avancé du climat d'investissement. Le moins qu'on puisse dire est que sa dernière édition donne des sueurs froides. Aux Etats-Unis, les gestionnaires de fonds interrogés sont les plus pessimistes du panel. Ils situent à 45% la probabilité que leur économie entre en récession cette année – le dernier sondage mettait ce risque à 33% – et prévoient un taux de croissance du PIB américain de 1,9% en 2001. C'est l'an prochain seulement qu'ils espèrent un rebond conjoncturel, ce qui explique leur vision d'une reprise en «U» plutôt qu'en «V». Du coup, se basant notamment sur les remous récents de Wall Street, ils sont 32% aux Etats-Unis à estimer que la Bourse américaine va continuer à baisser, voire même à tomber de plus de 10% ces prochains trois mois. Ce qui, pour 75% d'entre eux sera en fait une bonne opportunité d'achat puisque, selon leurs déclarations, «la plupart des fonds sont très liquides et prêts à investir».

En Europe, les gestionnaires sont plus sereins. Ils sont 39% à exprimer leur optimisme sur les perspectives de croissance économique du Vieux Continent, où la progression du PNB est la plus élevée. Leurs collègues américains et asiatiques partagent ce sentiment: 84% d'entre eux sont convaincus que la croissance économique européenne peut être partiellement déconnectée de la conjoncture américaine. Du coup, stimulée par ces espoirs de différentiel de croissance entre l'Europe et les Etats-Unis, la devise européenne regagne des couleurs dans les esprits des gestionnaires à défaut de le faire sur les marchés des changes. Pourtant, ces professionnels ne donnent pas cher de la politique de la Banque centrale européenne, qu'ils estiment toujours trop restrictive. Un reproche qu'ils font d'ailleurs aussi à celle de la Reserve fédérale américaine. De ce côté-ci de l'Atlantique, les gestionnaires pensent que les taux européens pourraient encore baisser de 35 points de base.

Prévisions de croissance révisées à la baisse

Plus confiants, les gestionnaires européens le sont aussi face à la Bourse. Seul un quart d'entre eux voit les marchés plonger ces trois prochains mois de plus de 10%. En Angleterre, ils ne sont même que 21% à professer cette opinion. Pourtant, la prudence est de mise chez les spécialistes européens, qui ne croient pas que les valeurs européennes peuvent rester de marbre face aux trémolos boursiers américains. Les 131 gestionnaires européens interrogés ont donc collectivement révisé à la baisse leurs prévisions de croissance des bénéfices pour 2001. De 10%, ils sont passés à un taux de progression des bénéfices par action de 8% seulement. Cette attitude est encore trop optimiste pour les responsables de Merrill Lynch, qui ont décidé d'affecter aux actions européennes un prudent «neutre». En clair, même si son sondage montre que les marchés sont désormais sous-évalués, la banque d'investissement américaine recommande une prudence extrême…