Les cours des actions sur les marchés mondiaux sont repartis à la baisse mercredi, Wall Street s'infligeant une nouvelle séance noire, les investisseurs s'inquiétant des perspectives économiques après des résultats d'entreprises décevants dans un contexte de forte inflation.

Les indices ont dévissé à Wall Street, qui a connu l'une de ses pires séances depuis 2020. Le Nasdaq a lâché 4,73%, le S&P 500 4,03% et le Dow Jones 3,57%.

La chute de Wall Street, qui s'est accélérée en séance, a entraîné les marchés européens: après une ouverture en petite hausse, Paris a reculé de 1,20%, Londres de 1,07% et Francfort de 1,26%.

Après un rebond mardi, le sentiment des investisseurs s'est retourné, avec des publications de résultats d'entreprises montrant l'impact de l'inflation sur leurs comptes.

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Après Wallmart, Target aussi en difficulté

Le plongeon spectaculaire de l'action des supermarchés Target à Wall Street (-24,87%) – une amplitude de dépréciation rare dans le secteur de la distribution – retenait toute l'attention des investisseurs car elle montrait combien la hausse des prix commence à peser sur la consommation et les profits des entreprises.

Cette déconfiture du titre de la chaîne de supermarchés américains de milieu de gamme a fait écho aux résultats décevants de Walmart (-6,84%), le numéro un de la distribution discount plus populaire chez les petits revenus, ce qui a inquiété encore davantage les investisseurs.

«La vente massive d'aujourd'hui concerne la capacité des entreprises à répercuter des coûts plus élevés. On se posait la question, eh bien on a eu la réponse en quelque sorte avec ces résultats», a expliqué Quincy Krosby, stratégiste en chef pour LPL Financial.

«La réalité n'est pas très belle pour la consommation, il faut voir les choses en face», ajoutait Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services, alors que la consommation est le moteur de l'économie des Etats-Unis.

Inflation à 7,4% en zone euro sur un an

En zone euro, l'inflation s'est stabilisée à 7,4% sur un an en avril, un niveau qui reste bien supérieur à l'objectif de 2% de la Banque centrale européenne. Au Royaume-Uni, elle a bondi à 9% en avril sur douze mois, un record en 40 ans.

Aux Etats-Unis, le président de la banque centrale Jerome Powell a rappelé mardi que son institution devra agir de manière «plus agressive» si l'inflation américaine ne décélère pas assez rapidement.

«La Réserve fédérale américaine visant désormais un atterrissage en douceur qui ressemble beaucoup à l'étape précédant une récession, il est peut-être temps de boucler sa ceinture et de se préparer à une année très mouvementée», a prévenu Craig Erlam, analyste d'Oanda.

La Réserve fédérale (Fed) a commencé en mars à relever ses taux directeurs afin de faire ralentir l'inflation, qui est au plus haut depuis 40 ans aux Etats-Unis. De nouvelles hausses devraient être décidées lors des deux prochaines réunions de la Fed, mi-juin et fin juillet.

La distribution en difficulté

Outre Target, l'enseigne de magasins Lowe's, spécialisée dans l'aménagement de la maison, était sanctionnée par les investisseurs (-5,26%), après avoir annoncé aussi des résultats mitigés avec un recul des ventes trimestrielles de 3%.

D'autres enseignes ont fait les frais de ces inquiétudes sur la consommation: Costco, le distributeur en gros, s'est délesté de 12,45% à 429,40 dollars, Best Buy le spécialiste de l'électronique a aussi perdu presque 11%, tandis que la chaîne de magasins aux articles à un dollar, Dollar Tree, a fondu de 14,42%.

A Londres, Ocado a plongé de 9,05%, Tesco a perdu 4,38%, Marks & Spencer 4,20%, JD Sports 5,42%.

En France, Carrefour a aussi constitué la plus forte baisse de l'indice CAC 40 (-4,42%).

Intention de rachat chez Siemens Energy

Le groupe allemand Siemens Energy a annoncé mercredi son intention de racheter la totalité des actions manquantes de sa filiale à problèmes Siemens Gamesa (+12,81%), spécialiste de l'éolien, en vue de la retirer de la Bourse. Le titre Siemens Energy progressait de 1,16%.

Les autres valeurs du secteur ont aussi progressé à l'instar de EON (+1,78%), RWE (+3,15%) ou Engie (+0,91%).

Le dollar reste fort

Les doutes sur la croissance mondiale affectaient le pétrole, qui basculait dans le rouge.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet a lâché 2,51%, pour finir à 109,11 dollars.

Quant au West Texas Intermediate (WTI) américain, avec échéance en juin, il a cédé 2,50%, à 109,59 dollars.

Le dollar américain repartait en hausse mercredi avec l'aversion du marché pour le risque.

Vers 20H45 GMT, l'euro perdait 0,82% par rapport au dollar à 1,0464 dollars pour un euro. Le Dollar index, qui mesure la devise américaine par rapport à un panier d'autres devises, avançait de 0,53% à 103,91 points.

Le bitcoin perdait 3,58% à 29.001 dollars.