La récente nomination de Patrick Aebischer, issu du CHUV, à la tête de l'EPFL a pour beaucoup symbolisé le rapprochement potentiel entre les sciences de la vie et celles de l'ingénierie au sein d'un même pôle de compétences technologiques. Cette vision n'est pourtant pas aussi futuriste qu'on pourrait le croire. Entre les deux institutions, le transfert de technologie est déjà une réalité qui se manifeste à travers plusieurs projets de recherche. «Patrick Aebischer a beaucoup travaillé sur l'ingénierie tissulaire qui nous occupe au premier chef, explique le docteur Peter Frey, responsable de l'urologie et de la recherche chirurgicale pédiatrique au CHUV. Patrick Aebischer nous a régulièrement conseillé pour notre projet de recherche. Je serais donc très content s'il continue et intensifie la collaboration entre l'hôpital universitaire et l'école polytechnique.»

Peter Frey sait très bien de quoi il parle. Cela fait plus de trois ans qu'il dirige des travaux de recherche sur la reconstruction des tissus vésicaux, en étroite collaboration avec le laboratoire des matériaux de Jöns Hilborn à l'EPFL (lire ci-dessous). Tout l'intérêt de cette recherche en biotechnologie réside dans cette synergie qui permet aux ingénieurs de connaître les besoins de la médecine en disposant d'une plate-forme clinique et aux cliniciens d'avoir accès à une technologie d'excellence. Une stratégie voulue par les Hospices cantonaux via le CHUV et par l'EPFL qui ont tous deux participé au financement du projet avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique.

Plusieurs intéressés

sur les rangs

Présentées à Medirama, une convention d'affaires dédiée au génie médical, outil de la promotion économique vaudoise, les recherches de Peter Frey et Jöns Hilborn suscitent aujourd'hui l'intérêt des industriels. «Nous sommes en contact avec une grande entreprise américaine qui a récemment décidé d'intégrer en priorité l'ingénierie tissulaire dans ses travaux de recherche et développement, poursuit Peter Frey. Ici, il est question d'évaluer la possibilité d'implanter un nouveau laboratoire de recherche en Europe. Nous avons également des discussions avec une société de biotechnologie vaudoise à la recherche de nouveaux produits potentiellement commercialisables. A noter enfin un financier français, spécialiste du capital-risque que notre démarche intéresse.»

Boston Scientific a en effet déjà noué des liens étroits avec Peter Frey et Jöns Hilborn. Cette société, fondée en 1979 dans le but d'acquérir Medi-Tech, a connu depuis une croissance fulgurante. Aujourd'hui, avec un chiffre d'affaires de 2,2 milliards de dollars à fin 1998 et 14 000 employés, elle occupe la place de première compagnie mondiale d'instrumentation médicale destinée à la thérapie minimale invasive. «J'attends actuellement une proposition de recherche de la part du Dr Frey, rapporte David Robertson de Boston Scientific. Sur cette base, nous prendrons une décision sur le lancement des étapes initiales d'un programme.»

Un accord dans un futur proche

Les deux chercheurs et leurs équipes sont aujourd'hui au milieu du gué. «Nous avons encore un long chemin à faire, commente Peter Frey, à savoir trois ans de travail au minimum. Mais nous sommes dans la bonne direction pour parvenir en fin de course à un résultat commercialisable.» Le moment est pourtant venu de trouver un relais dans le secteur privé, en d'autres termes une entreprise d'accord de financer la recherche en l'intégrant dans son pipeline de produits en devenir. Comme l'avancée des travaux dépend essentiellement des ressources humaines qui y sont consacrées, un nouveau budget privé est censé donner toute l'impulsion nécessaire. Celui-ci a été évalué à quelques millions de francs pour la partie académique jusqu'aux essais humains. Il n'est d'ailleurs pas exclu que la Commission pour la technologie et l'innovation intervienne au niveau du financement si le projet de recherche devait intéresser une compagnie suisse.

«A ce stade déjà, nous devons penser aux moyens à mettre en œuvre pour lancer un tel produit sur le marché, expose Jöns Hilborn. Et comme nous n'avons pas ce type de compétences, il est essentiel de trouver un partenaire industriel. De plus, il y a toute la question des brevets à considérer pour protéger les multiples applications qui pourront découler de nos travaux.» Vu les contacts étroits établis à ce jour par les deux chercheurs, ceux-ci espèrent aboutir à un accord final dans un futur proche. Leur souhait: un contrat avec une société d'accord d'aller vite et de prendre des risques, basé sur une excellente communication. Boston Scientific, de son côté, s'est déjà enquis auprès de la promotion économique vaudoise des conditions d'implantation. «Mais il ne s'agit pour l'instant que d'une enquête préliminaire, précise David Robertson. Je rassemble les mêmes informations dans d'autres pays d'Europe. Celles-ci doivent nous fournir des éléments supplémentaires pour savoir si la décision d'installer un laboratoire de recherche en urologie sur ce continent représente une bonne opportunité d'affaires.»