Les dirigeants des grandes entreprises suisses ne semblent pas prêts à se rallier à Bill Gates et à abandonner le système des stock-options (options pour collaborateurs ou pour cadres) comme instrument de rémunération et de motivation. Ciba Spécialités Chimiques a pourtant précédé Microsoft, sans susciter autant de réactions.

En février dernier, le groupe chimique bâlois communiquait en effet sa décision de renoncer à distribuer des stock-options à ses employés, y compris à ses dirigeants, et de se concentrer désormais sur l'octroi d'actions. «Le danger des options, c'est qu'elles favorisent une optimisation à court terme du cours de l'action de la part des dirigeants d'entreprise. Et une fois que l'option a été exercée, on annonce les restructurations», justifie Thomas Gerlach, porte-parole à Bâle.

«Les options et les actions n'ont jamais constitué une part importante de nos plans de rémunération. A l'avenir, ces instruments seront donc utilisés comme instruments de motivation sur le long terme, de manière encore plus ciblée, soit pour des personnes exerçant des fonctions clés au sein de la banque», souligne Axel Langer, porte-parole de UBS. Il faut dire que la plupart des stock-options émises par UBS ne sont pas sans valeur, à la différence de celles émises par le groupe ABB. «Nous sommes en voie d'examiner le maintien d'un système de stock-options. Mais une décision à ce sujet ne sera pas prise avant plusieurs mois», commente Thomas Schmidt, porte-parole du groupe ABB à Zurich. Visiblement, les dirigeants d'ABB ont encore d'autres chats à fouetter. Par quel moyen ABB cherche à retenir ses meilleurs talents? «En leur confiant des tâches captivantes», répond ironiquement Thomas Schmidt.

Nouveau régime d'imposition

Les spécialistes tablent pourtant sur un usage plus restrictif des programmes de stock-options en Suisse. «Quelques entreprises vont encore abandonner voire réduire l'importance de ces instruments en les limitant par exemple aux cadres dirigeants. Mais le système ne nous paraît pas menacé en Suisse. Les nouvelles règles qui prévoient de comptabiliser les coûts des options par le compte de résultats vont même ouvrir la voie à la mise en place d'instruments novateurs», estiment Judith Bellaiche, spécialiste des questions de rémunérations, et Lars-Olaf Timmermann, responsable de l'unité Human Capital auprès du cabinet Ernst & Young. «Une moindre disposition au risque des employés tend à accroître le poids des actions et des liquidités au détriment des options», observe de son côté Andreas Walther, du groupe OZ Holding, spécialisé dans les programmes de participation des cadres.

L'attrait des options pour les entreprises et pour les collaborateurs sera aussi influencé par leur nouveau régime d'imposition, en révision, et par la comptabilisation de leurs coûts par les entreprises. Les options étaient jusqu'ici imposées lors de leur attribution aux employés. Lorsque l'un d'eux exerçait l'option (d'achat des actions à un prix prédéfini), le gain qu'il réalisait était ensuite considéré comme un gain en capital, donc non imposé. Mais lorsque l'option perd toute valeur parce que le cours de l'action a chuté en dessous du prix d'exercice, aucun gain ne vient récompenser l'impôt payé et l'opération se solde par une perte sèche. D'où le changement qui se dessine en Suisse vers une imposition des options au moment de leur exercice, pratique d'ailleurs la plus répandue aux Etats-Unis et en Europe (sauf en Belgique et aux Pays-Bas).