Les résultats de l'exercice écoulé – bons au demeurant – devaient constituer le plat de résistance de la conférence de presse prévue hier matin à Zurich par Ciba Spécialités Chimiques (SC). C'était sans compter sur l'entrée en fonction, début janvier, du nouveau responsable opérationnel du groupe bâlois, le Zurichois Armin Meyer. A l'instar du nouveau président du directoire d'ABB, Armin Meyer a voulu lui aussi marquer d'emblée Ciba de son empreinte par une réorganisation. Ou plus précisément par une simplification de la structure du groupe spécialisé notamment dans les colorants et les additifs chimiques. A partir du 1er mars, les neufs divisions-produits actuelles vont en effet être regroupées pour former cinq nouvelles divisions centrées chacunes sur leur clientèle respective (organigramme ci-contre). De manière à fournir à leurs clients des solutions complètes à plus forte valeur ajoutée, plutôt qu'un ensemble de produits susceptibles de se banaliser. Cette «mise en forme» du groupe vise essentiellement à accélérer la croissance sur les marchés les plus rentables du secteur réputé cyclique des spécialités chimiques. Une mesure qui a été accueillie favorablement par les cadres et le personnel, à en croire Armin Meyer. Et qui va se traduire par une nouvelle équipe de direction.

Première constation: Jean-Luc Schwitzgebel, le responsable de la division des Colorants disparaît de l'organi- gramme et quitte le groupe «d'un commun accord». Pour le reste, l'équipe est rajeunie, avec comme nouveau venu Chris-toph Biedermann (44 ans), «c'est le seul qui vienne d'ABB», se justifie Armin Meyer. Le nouveau venu dirigera la division «Traitement des textiles», où la croissance se gagne essentiellement par une lutte totale contre les coûts. A la différence des divisions «Additifs pour plastiques» et «Revêtements» (laques pour voitures, etc.) où les affaires se gagnent sur le terrain de l'innovation, surtout technologique. Comme cette réorganisation a pour effet de scinder diverses technologies en plusieurs unités (la protection anti-UV concerne par exemple toutes les unités), le groupe a prévu de créer un nouveau poste de responsable technologique (Chief Technology Officer). Ce dernier aura pour tâche de veiller à la gestion (achat ou vente) du portefeuille technologique de Ciba SC. Et c'est Martin Riediker, venu du «Consumer Care» qui assumera cette nouvelle responsabilité. La réorganisation du groupe devrait se traduire par des économies de coûts de l'ordre de 50 millions de francs en 2002, selon Armin Meyer, sans suppression d'emplois, puisqu'il ne s'agit pas d'une restructuration. De plus, le processus se fera graduellement pour ne pas compromettre les capacités de livraisons.

Quelles sont dès lors les perspectives pour cette année? Armin Meyer table sur une croissance nettement supérieure à celle du marché (2%) moyennant un ralentissement au premier trimestre, compensé par une accélération au troisième. Sur un horizon de 3 à 4 ans, le patron de Ciba SC vise une croissance moyenne supérieure à 6% par année. Soit 2 à 4% de croissance organique et 2-3% d'acquisitions. «Des petites ou moyennes sociétés, pour compléter notre portefeuille de technologies ou pour prospecter plus rapidement le marché.» Pour Franz A. Hossli, «la réorganisation de Ciba SC pourra, dans une certaine mesure seulement, aider le groupe à rehausser sa compétitivité et sa rentabilité. Il n'en demeure pas moins que les perspectives pour l'industrie des spécialités chimiques sont incertaines (ralentissement américain, impact des prix du pétrole, etc.) à court terme».

Pour l'exercice en cours, le groupe bâlois table par ailleurs sur une amélioration de la marge d'exploitation avant amortissement financier et du goodwill (EBITDA) à 17,6% (contre 17,1% en 2000). A la faveur notamment de la fin de la guerre des prix dans l'industrie des détergents.

Au cours de l'exercice 2000, le chiffre d'affaires du groupe Ciba SC a augmenté de 9% à 7,9 milliards de francs. Compte tenu toutefois d'un effet de change favorable de 7%. En monnaies locales, les ventes n'ont en effet progressé que d'un peu plus de 2%. Alors que la conjoncture était particulièrement faste, à l'exception de la fin de l'année, marquée par le ralentissement de l'économie américaine. Le groupe bâlois a donc dû faire face à un recul des prix de 3% en 2000. Ce qui illustre le caractère très disputé de ce marché. Quant au bénéfice d'exploitation (EBIT) des seules activités poursuivies, il a augmenté de 39% à 876 millions de francs alors que le bénéfice net a progressé de 76% à 418 millions de francs. Compte tenu des activités cédées (la division des Polymères et Hexcel), la progression du bénéfice net a été de 39% à 452 millions de francs. Un résultat qui répond pleinement aux attentes des analystes.